Jeudi Saint 1er avril 1999 - La Cène du Seigneur

Evidemment, votre cuisine un jour de fête, ce n’est pas le Parthénon

Exode 12,1-8.11-14 - Psaume 115,12-13.15-18 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
jeudi 1er avril 1999.
 

Evidemment, votre cuisine un jour de fête, ce n’est pas le Parthénon. Tout le monde a déjà vu le Parthénon, au moins en photo : la quintessence du temple grec, une glorieuse ruine de pierre vide dont la splendide harmonie défie les millénaires.

Votre cuisine un jour de fête, en revanche, est pleine de toutes sortes de choses qui peuvent brûler ou refroidir, se répandre ou se renverser, sécher ou se gâter, salir ou encombrer. Et plus on avance dans les festivités, dans le va-et-vient des plats et des mets, plus s’accumulent les restes et les risques. Surtout si la cuisine est petite.

Quelle sorte d’Eglise, à votre avis, le Seigneur a-t-il voulu fonder la veille de sa passion : une Eglise comme une cuisine ou comme le Parthénon ?

Le Christ Jésus, au cours de son dernier repas, a institué l’Eucharistie, afin que le pain de vie qui est sa chair et que le vin du royaume qui emplit la coupe de l’Alliance en son sang ne manquent jamais d’être servis aux hommes dans son Eglise.

Pour ce service, il a institué les prêtres, le sacerdoce ministériel. "Donnez-leur vous-mêmes à manger", avait-il dit à ses Apôtres un jour de multiplication des pains. Cela signifie non seulement qu’ils doivent eux-mêmes donner à manger aux foules, mais aussi qu’ils doivent se donner eux-mêmes en nourriture.

Les prêtres sont pères nourriciers dans l’Eglise, mais ils sont aussi eux-mêmes des biens de consommation. C’est pourquoi ils sont désirés, convoités, disputés, comme le sont toutes les sortes de biens excellents que le Seigneur fait abonder dans son Eglise pour que les fidèles en soient comblés.

Bien sûr, plus les biens abondent et plus se déchaînent les convoitises, les jalousies et les rivalités, plus se multiplient les fléchissements et les chutes des uns et des autres. C’est pourquoi il y a le lavement des pieds.

Inévitablement, dirait-on, le péché salit et dégrade de façon répétée le visage que ses fils donnent à l’Eglise du Christ. Mais inlassablement le Christ purifie son Eglise par cette eau qui coule de son côté sur la croix.

Soyez-en sûrs, l’Esprit Saint ne cesse de vivifier et de développer l’Eglise, si seulement nous ne le refusons pas. Et le Christ ne cesse d’y faire abonder les biens surnaturels qu’il destine à la consommation de ses disciples. Et si le péché y abonde à proportion de la vitalité qui s’y manifeste, le pardon en restaure la pureté et y fait surabonder la vie.

Et chaque fois que, par-delà toutes les péripéties ecclésiastiques, nous accomplissons le commandement suprême de la charité, chaque fois que nous sommes en vérité frère ou soeur de quiconque au monde pour qui le Christ a donné sa vie, nous célébrons parfaitement sa victoire.

Le Christ est notre vie : il est, dans l’histoire agitée de nos offices et de nos tables d’Eglise, aussi vivant et palpitant qu’il le fut jusqu’au bout de l’obéissance. Pur de tout péché, inépuisable source de purification pour nous, il est inaltérable.

Ainsi il est la pierre qui fonde notre foi au défi des millénaires, le temple parfait en qui nous participons à la beauté qui ne se peut surpasser, l’espérance que nous célébrons en toute Eucharistie jusqu’au terme attendu de notre histoire : sa venue dans la gloire.