Nuit de Pâques 30/31 mars 2002 - La Résurrection du Seigneur

Maintenant, je sais reconnaître un nouveau papa,

Sept lectures de l’Ancien Testament - Romains 6,3-11 - Matthieu 28,1-10
samedi 30 mars 2002.
 

Maintenant, je sais reconnaître un nouveau papa,

un jeune homme qui vient d’avoir un premier enfant. Un jour, du temps de mes vingt ans, un ami m’a dit : "Viens avec moi à la clinique". Il avait un drôle d’air. Depuis, je sais que ça leur fait un drôle d’effet !

Votre enfant est quelqu’un à qui vous avez donné votre vie : sa vie est la vôtre, passée en lui. Or, il est censé grandir, tandis que vous déclinerez. Et il vivra, vous l’espérez, alors que vous serez mort. Les enfants, c’est votre vie au-delà de votre mort.

C’est pourquoi vous leur êtes reconnaissants d’être vivants, tout simplement. Malheur à nous si ce n’est pas le cas ! Un enfant dont les parents ne sont pas heureux qu’il vive n’a pas envie d’être vivant, et ses parents sont tristes à mourir. Dieu merci, en général, notre humanité se reconnaît dans la joie de la vie qui se transmet. On se réjouit de voir courir les petits sur leurs petites jambes, et danser, et chanter, et crier. Enfin, crier, pas trop.

Mais c’est une question d’éducation. Nous en avons tous besoin, et bien au-delà de notre enfance. Nous avons tous besoin les uns des autres pour nous conduire bien. Certes, cela représente des contraintes, des obligations et des interdits, mais il s’agit par là d’élever et d’épanouir la vie, pas de l’éteindre ou de l’étouffer.

Et le baptême, à propos, ne va-t-il pas vous éteindre ? Car il s’agit bien de vous plonger dans l’eau. Qui plus est, nous tous qui sommes baptisés, c’est dans la mort que nous le sommes. Oh, bien sûr, il ne s’agit pas de n’importe quelle mort, mais précisément de celle du Seigneur. Cela dit, le monde pense volontiers que le chemin chrétien est fait pour étouffer la vie.

En réalité, le baptême est bien pour notre mort, mais pour notre mort au péché, en sorte que nous naissions à une vie nouvelle resplendissante de sainteté. Ne vous y trompez pas, chères amies catéchumènes, cette nuit vous êtes appelées à la sainteté, pas moins. C’est en vue de cela que vous allez recevoir aussi le don de l’Esprit Saint par le sacrement de Confirmation, et la nourriture de vie éternelle dans la communion eucharistique au corps et au sang de Jésus Christ. Vous recevrez sa vie afin qu’elle grandisse en vous et s’épanouisse.

Oui, le baptême est pour la vie. Et ceux qui le vivent fidèlement se reconnaissent à une certaine qualité de vie, mystérieuse et discrète, mais certaine et constante. C’est que leur vie n’est pas pour la mort, comme celle de ces prétendus bons vivants qui sont comme troupeaux parqués pour les enfers, mais elle est pour la vie. Cette vie est différente parce qu’elle a déjà traversé la mort.

La vie que nous donnons à nos enfants est comme la nôtre : elle ne déjouera l’échec de la mort que provisoirement et partiellement, se transmettant de génération en génération sans jamais pouvoir échapper tout à fait à la menace toujours suspendue d’une extinction définitive. Mais la vie que nous recevons au baptême est celle de Jésus Christ mort et ressuscité, sur qui la mort n’a plus aucun pouvoir.

Ce n’est plus seulement notre vie au-delà de la mort que nous contemplons en nos enfants. C’est que la vie d’un autre, passé par la mort, est devenue la nôtre, et nous en vivons maintenant pour toujours.

Cette vie, nous vous l’annonçons cette nuit, comme l’ange l’annonça à Marie Madeleine et à l’autre Marie au matin de Pâques. Et parce qu’elles coururent avec joie à sa parole, Jésus lui-même vint à leur rencontre, et elles entendirent de sa bouche ce que l’ange leur avait dit de sa part. Vous aussi, vous courrez à notre parole, et vous l’entendrez, Lui, comme elles l’entendirent.

En effet, lorsque nous baptisons, c’est le Christ lui-même qui baptise. Et la vie que l’Église vous donne, c’est sa vie de Fils unique engendré de toute éternité. C’est pourquoi, lorsque vous devenez enfants de Dieu par la puissance de l’Esprit d’adoption, ce n’est pas la première fois que Dieu est Père. Mais parce qu’il aime chacune de vous d’un amour unique, parce qu’il vous accueille au nombre des véritables adorateurs qu’il cherche, ainsi que Jésus le disait à la Samaritaine, lorsqu’il vous engendre à la vie nouvelle il y a de la joie dans le ciel comme celle d’un Père nouveau.

Reconnaissons notre Dieu dans sa merveilleuse paternité nouvelle et éternelle.