4 avril 1999 - Jour de Pâques - La Résurrection du Seigneur

"C’est un courant d’air"

Actes 10,34.37-43 - Psaume 117,1-4,16-17,22-23 - Colossiens 3,1-4 - Jean 20,1-9
dimanche 4 avril 1999.
 

"C’est un courant d’air", dit-on de quelqu’un qu’on ne voit jamais que passer très vite et sans s’arrêter.

Le phénomène des courants, d’air ou d’eau, est très curieux. Il faut qu’il y ait, quelque part, une dépression. Alors des particules se mettent en mouvement. Si la terre ne tournait pas sur elle-même, l’agitation cesserait bientôt. Comme pourtant elle tourne, les forces de Coriolis donnent au déplacement initial une trajectoire circulaire, et ce qui n’était au départ qu’une petite perturbation locale finit par intéresser la masse entière des eaux de surface de l’océan ou des basses couches de l’atmosphère.

L’événement pascal n’est, au départ, qu’un tombeau vide et quelques particuliers qui y sont attirés. Mais ce mouvement s’est propagé prodigieusement à travers l’espace et le temps : si vous êtes ici aujourd’hui, c’est à cause du vide et du déplacement de ce matin-là.

Le Christ ressuscité est incroyablement fugace : il échappe aux disciples aussitôt qu’il leur est apparu. En effet, la Pâque du Christ est un passage : Jésus passe de ce monde à son Père. Et si Jésus est mort et ressuscité, c’est pour que nous soyons entraînés dans ce mouvement, par la force de l’Esprit.

Voyez comme est paradoxale cette fête de Pâques, la grande fête des chrétiens : hier encore c’était le carême, et ce matin nous plongeons dans les alléluias. Le vide s’est creusé, jusqu’à la profondeur extrême de la mort du Seigneur, et nous en restons marqués au coeur même de notre joie d’aujourd’hui.

La résurrection ne comble pas le vide de la passion, sinon elle en supprimerait le pouvoir de nous entraîner dans son mouvement de création nouvelle en l’Esprit.

Le Christ a épousé notre humanité sur la croix pour que nous épousions le mouvement qui l’arrache à ce monde de péché, d’injustice, de souffrance et de mort, et que, dans le souffle puissant de sa résurrection, nous lui soyons unis dans le ciel à la droite de son Père.