Jeudi Saint 20 mars 2008 - La Cène du Seigneur

Vous voulez jouer aux Ambassadeurs ? Jouons plutôt d’abord au jeu du dictionnaire.

Exode 12,1-8.11-14 - Psaume 115,12-13.15-18 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
jeudi 20 mars 2008.
 

Vous voulez jouer aux Ambassadeurs ? Jouons plutôt d’abord au jeu du dictionnaire. « Fonctions auxquelles on peut attacher un caractère quasi religieux, qui exigent beaucoup de dévouement » : de quel nom commun le Petit Robert donne-t-il cette définition, au sens figuré ? Vous l’avez deviné, il s’agit du mot “sacerdoce”.

“Sacerdoce” vient de l’indo-européen “sakr” qui désigne un au-delà inaccessible à l’homme. On traduit le latin “sacerdos” aussi bien que le grec “hiéreus” ou l’hébreu “cohen” par le mot prêtre. En ce sens, le prêtre est donc l’homme spécialisé dans l’accès à l’inaccessible, en somme l’ambassadeur des hommes auprès de Dieu, chargé de lui offrir des sacrifices de leur part pour obtenir sa bienveillance. Une telle fonction paraît assez désirable, pour jouir d’une position élevée et très honorable ainsi que des multiples avantages qui lui sont associés.

En réalité, le mot “prêtre” vient du grec “presbutéros”, “ancien” : dans l’Église, l’autorité est confiée aux “prêtres” qui assument non seulement l’office “sacerdotal”, mais aussi la charge “prophétique”, c’est-à-dire la mission d’annoncer la parole de Dieu au peuple et aux hommes. Vous le voyez bien, frères, dans la célébration de l’Eucharistie : nous présidons à la double table, celle de la Parole et du Pain. Ainsi, nous sommes également ambassadeurs de Dieu auprès des hommes, ce qui n’est pas désagréable pour ceux qui aiment parler.

Enfin il y a le troisième aspect de la triple fonction “prêtre (au sens restreint de sacerdos), prophète et roi”. Dans l’Église, le gouvernement est confié aux prêtres. C’est d’ailleurs tout particulièrement à propos de cette troisième fonction sacrée que le Seigneur commande à ses disciples de l’assumer comme un service, avec abnégation et humilité jusqu’au don de sa propre vie. Mais les trois fonctions sont à exercer de cette manière. D’ailleurs, si nous sommes fidèles à l’esprit des prophètes, nos devanciers, nous risquons les mêmes persécutions qu’eux. Et si nous offrons le sacrifice du Christ, ce n’est pas pour nous soustraire au sacrifice de nous-mêmes.

Le Christ est le seul vrai grand prêtre de la Nouvelle Alliance. Il est le Fils bien-aimé, éternellement tourné vers le Père, qui peut parfaitement lui offrir sa propre personne et toute la création. Il est le Verbe de Dieu, la Parole que profère le Père de toute éternité. Il est la véritable icône du Tout-Puissant qui l’engendre, le Roi absolu à jamais, un avec lui dans la communion de l’Esprit Saint.

Il nous établit face à vous pour que nous agissions en sa personne : le prêtre agit “en la personne du Christ Tête”, énonce la Tradition. Mais c’est afin de faire de vous, de nous tous, un peuple sacerdotal. Notre fonction est un service du corps tout entier, c’est pourquoi elle se nomme sacerdoce ministériel. En effet ministre signifie serviteur. Et la réussite de notre service est le peuple établi dans les fonctions et dignité du sacerdoce royal. Mais un tel peuple est toujours en formation, n’est-ce pas, par l’action des ministres et la puissance de l’Esprit Saint qui pardonne les péchés et sanctifie le corps tout entier.

Il n’y a sacerdoce que parce qu’il y a des hommes tombés au pouvoir du péché, et donc une histoire de salut. Sans péché, pas de sacerdoce. C’est la séparation fomentée par le mauvais entre la créature et son créateur qui occasionne l’échange d’ambassadeurs en vue de la réconciliation. Mais cet échange n’est pas un jeu, car la profondeur du mystère du mal est insondable. Seul le sacrifice du Christ pour notre rédemption ouvre une perspective sur cet abîme qui nous dépasse absolument : Dieu, l’Amour tel qu’en lui-même éternellement, descend dans notre histoire par amour pour nous.

Le sacerdoce du Christ, c’est l’Amour qui s’est abaissé jusqu’aux hommes pécheurs pour les sauver et les diviniser.

Jésus nous révèle ce soir que l’Amour qui s’est abaissé n’est pas moins grand, au contraire. Faisons de même en mémoire de lui.