Vendredi Saint 21 mars 2008 - Célébration de la Passion du Seigneur

Pour faire un prêtre, il faut une formation et une ordination

Isaïe 52,13 à 53,12 - Psaume 30,2.6.12-17.25 - Hébreux 4,14-16 et 5,7-9 - Jean 18,1 à 19,42
vendredi 21 mars 2008.
 

Pour faire un prêtre, il faut une formation et une ordination. La formation est parfois compliquée et difficile, elle dure souvent de nombreuses et pénibles années, certains ici pourraient en témoigner. La meilleure et la plus complète des formations ne peut pourtant rien sans l’ordination : ce n’est qu’une célébration, mais le candidat qui s’y présente n’est pas prêtre et quand il en sort il l’est définitivement.

La Passion de Jésus est comme sa formation et son ordination de grand prêtre, nous explique en somme la lettre aux Hébreux que nous avons entendue en deuxième lecture : « Bien qu’il soit le Fils, il a pourtant appris l’obéissance par les souffrances de sa passion ; et ainsi conduit à sa perfection, il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, la cause du salut éternel. »

Le verbe grec traduit par “conduit à sa perfection” est utilisé par la Bible des Septante pour signifier la consécration du grand prêtre dans l’Israël de la Première Alliance. Pour un lecteur habitué des Écritures, étant donné le thème de toute la lettre aux Hébreux, il n’y a pas de doute : ce qui est exprimé ici n’est pas un “perfectionnement” de Jésus mais sa consécration, ainsi que le Seigneur le dit lui-même à son Père dans l’évangile de saint Jean au chapitre XVII : « Pour eux je me consacre moi-même ».

Je ne m’engagerai pas plus avant ce soir dans la réflexion sur ce profond mystère que je vous engage à méditer encore au cours de la journée de demain, le saint Samedi consacré au silence du tombeau où repose le Seigneur, et où vous êtes d’ailleurs encouragés à prolonger le jeûne du Vendredi saint. Je me contenterai de vous proposer trois pistes pour suivre dans votre vie le Christ s’offrant en sacrifice à son Père, car c’est pour nous qu’il apprend son office sacerdotal tout en l’accomplissant, cet office qui comprend les trois aspects de prêtre, de prophète et de roi.

Prêtre. En souffrant dans tous ses membres, il apprend à reconnaître chacun d’eux comme un don de Dieu à qui il l’offre en retour. Chaque nouvelle épreuve de douleur et d’humiliation lui découvre un nouvel aspect des blessures dont il guérit l’humanité.

Prophète. En entrant résolument dans le silence, il apprend à parler sans mots à ceux que la souffrance, le malheur ou la méchanceté des hommes a rendus muets, à donner la parole au silence forcé de ceux qu’on fait taire ou que l’on n’écoute pas.

Roi. En se laissant dépouiller de lui-même, en perdant peu à peu jusqu’à la dernière goutte de sa vie sans cesser d’être lui-même dans cet anéantissement, il découvre la dignité de toute vie, si défaite ou défigurée soit elle.

Pour faire un peuple sacerdotal, capable de porter devant le Père la souffrance du monde et de lui annoncer dignement son salut, il faut toute la patience d’innombrables disciples consacrés par le Baptême et la Confirmation, nourris de l’Eucharistie, qui acceptent d’apprendre l’obéissance par leurs souffrances offertes avec le Christ.

Devenons ce que nous sommes dans le Christ : le peuple prêtre par la puissance de l’Esprit Saint à la gloire du Père qui nous aime infiniment.