Nuit de Pâques 22/23 mars 2008 - La Résurrection du Seigneur - Baptême, confirmation et première communion de trois adultes

On ne peut pas être du soir et du matin. Sauf exceptions.

Genèse 1,1-2,2 - Psaume 103,1-2.5-6.10.12-14.24.35 - Genèse 22,1-18 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Exode 14,15-15,1 - Cantique Exode 15,2-6.10.11.17 - Isaïe 54,5-14 - Psaume 29,3-6.12-13 - Isaïe 55,1-11 - Cantique Isaïe 12,2-6 - Baruch 3,9-15.32-4,4 - Psaume 50,12-15.18-19 - Ézéchiel 36,16-28 - Psaume 18,8-11 - Romains 6,3b-11 - Psaume 117,1-4.16-17.22-23 - Matthieu 28,1-10
dimanche 23 mars 2008.
 

On ne peut pas être du soir et du matin. Sauf exceptions. Les uns sont infatigables jusque tard dans la nuit, mais il ne faut pas leur demander de se lever tôt. D’autres précèdent le jour avec impatience d’agir et de bouger, mais ils vont se coucher avec les poules car toute veille leur est un martyre. Quelques-uns pourtant parviennent à vivre intensément par les deux bouts.

La résurrection de Jésus est du soir et du matin.

Vous avez entendu au début de l’évangile : « Après le sabbat, à l’heure où commençait le premier jour de la semaine... » et vous pensez évidemment que cela nous situe à l’aube. Mais, si les trois autres évangiles placent la visite des femmes au tombeau clairement au point du jour, ce n’est pas le cas pour celui de Matthieu que nous venons d’entendre. En réalité, il est écrit littéralement en grec : « Le soir du sabbat, quand elle commençait à luire vers le premier jour de la semaine... »

On comptait les jours du soir au soir : le passage d’un jour au suivant était marqué par l’instant où s’allumait la première étoile dans le ciel. Cet usage très ancien - vous avez entendu dans la Genèse le refrain : « Il y eut un soir, il y eut un matin » - perdure chez les juifs avec une importance particulière pour le sabbat : à la première étoile du vendredi on entre dans ce jour sanctifié, à la première étoile du samedi on en sort et l’on est donc libre des obligations qui lui sont attachées. Voilà pourquoi, dans leur impatience, les femmes vont au tombeau dès que “commence à luire l’étoile qui indique la venue du premier jour de la semaine”. Quant à la traduction commune qui interprète “le soir” par “après”, elle est possible en principe, mais indue en l’espèce. Pour un lecteur habitué de la Bible qui s’attache au texte matthéen sans se laisser influencer par les autres évangélistes, il ne peut y avoir d’hésitation à ce sujet. D’ailleurs, la traduction liturgique est assez prudente pour adopter une forme qui n’exclue pas d’être comprise comme signifiant le soir.

En somme, dans l’évangile de Matthieu, les deux Marie assistent à la résurrection en direct à l’instant même où cesse le sabbat, dont le repos a donc été respecté jusqu’au bout par le Seigneur endormi, mort, dans le tombeau. Le tremblement de terre signe la fulgurance de l’entrée dans la vie nouvelle du corps du Seigneur qui échappe à la terre pour s’établir définitivement en Dieu, “au ciel”, d’où la descente de l’ange “comme l’éclair” lui répond. L’ange de Dieu ne roule pas la pierre du tombeau pour qu’en sorte Jésus - car il n’a pas besoin de cela ! - mais pour que les femmes puissent y entrer et constater qu’il est vide désormais. Ainsi, d’ailleurs, les récits évangéliques ne sont pas incompatibles pour ce qui est de la résurrection du Seigneur, ils situent seulement la visite des femmes à des moments différents.

De toute façon, la question n’est pas de savoir si Jésus est ressuscité à 18h03 le samedi ou à 5h41 le dimanche, elle est de comprendre qu’il y a deux “moments” de la résurrection.

Le moment du soir correspond à la création de la lumière dans les ténèbres, au premier jour de la Genèse. La résurrection de Jésus est comme une étincelle infime dans l’immensité du monde encore plongé dans l’obscurité du péché, comme la lueur inaperçue de la première étoile qui s’allume dans le ciel incolore, comme la flamme du cierge pascal s’avançant seule dans l’église vide et noire.

Vous l’avez entendu, au commencement Dieu crée en trois gestes : il donne d’être à ce qui n’était pas ; il sépare les contraires ; il rend productif et prolifique, il fait procréer sa création. Trois créatures relèvent du premier geste : la lumière, les luminaires et l’homme.

En ressuscitant le Christ, Dieu a créé une nouvelle vie humaine, immortelle. Par le baptême, il va créer en vous cette vie nouvelle, comme une étincelle de lumière au milieu des ténèbres.

Par la confirmation, il vous donnera l’Esprit Saint répandu pour la rémission des péchés et la sanctification, pour que vous soyez progressivement séparées du péché, que le vieil homme en vous meure tandis que grandira l’homme nouveau, afin que vous soyez rendues capables d’être efficaces spirituellement pour le salut des autres.

Par l’Eucharistie, il vous nourrira de sa propre vie divine à la table de la Parole et du Pain, afin de vous rendre fortes dans les épreuves et contre le mal, afin que vous portiez du fruit à sa gloire. Vous serez témoins du Christ ressuscité avec toute l’Église.

Soyez donc désormais du soir et du matin : fidèles aux heures sombres où veillera en vous la foi indestructible, fécondes dans la clarté des temps de croissance et de joie en vue de la résurrection finale.

Soyez du soir et du matin jusqu’au Jour qui n’aura pas de fin.