Dimanche 30 mars 2008 - Deuxième dimanche de Pâques

Tchin-tchin ! Savez-vous d’où vient l’expression ?

Actes 2,42-47 - Psaume 117,1.4.13-14.19.21-25 - 1 Pierre 1,3-9 - Jean 20,19-31
dimanche 30 mars 2008.
 

Tchin-tchin : Les dictionnaires voient l’origine de cette expression dans le pidgin de Canton où “tsing-tsing” signifie “salut”. L’explication me laisse perplexe : de quel mot “tsing-tsing” dériverait-il par déformation ? De “ciao-ciao” ? Drôle d’anglais, quand même ! J’entends dire aussi que “Tchin-tchin” serait le raccourci de : “À la tienne, Étienne”. Je doute.

Par ailleurs, une interprétation me séduit : celle qui fait remonter la coutume de trinquer (de l’allemand trinken, boire) au partage de la coupe dans les repas fraternels juifs. En effet, l’œil se réjouit à la vue de l’élégant récipient rempli de vin à la belle robe, la main se plaît à le saisir, les arômes subtils du noble liquide flattent l’odorat et le mouvement s’achève dans le plaisir du goût. Mais l’ouïe y est oubliée. Voilà pourquoi l’on aurait pris l’habitude de faire tinter la coupe joliment, afin que les cinq sens y trouvent leur satisfaction.

Toujours est-il que “tchin-tchin” évoque gentiment la rencontre amicale de ceux qui partagent la joie de boire à une heureuse circonstance.

Les Apôtres réunis autour du Seigneur ressuscité apparaissant au milieu d’eux sont saisis de joie. Thomas, le héros d’aujourd’hui, obtient du Christ la grâce d’une expérience exceptionnelle, mais aussi un reproche discret. La finale de l’évangile de Marc, qui récapitule en somme les apparitions pascales, nous permet de mieux comprendre où il se situe : dans ce texte, Jésus ne ménage pas ses Apôtres pour « leur incrédulité et leur endurcissement parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité ».

Thomas, ici, s’est d’abord dérobé à la réunion des disciples. Il ne s’est pas offert au partage des biens naturels et surnaturels entre les croyants dans lequel ils puisent la nourriture de leur foi.

Le bébé est entièrement disponible à ce qu’on lui donne à percevoir par ses cinq sens tout neufs. En goûtant, en écoutant, en regardant, en touchant et en sentant il se développe prodigieusement dans toutes ses dimensions physiques, psychiques et spirituelles. Mais rien ne lui profite sans la relation à l’autre qui lui donne à percevoir et reçoit de lui une immense reconnaissance.

Il en va de même pour la foi, pour les bébés que sont nos néophytes baptisés il y a huit jours comme pour les petits-enfants que nous restons toujours au regard de Dieu.

L’Église, bonne mère, nous donne à voir, à entendre, à sentir, à toucher et à goûter dans l’Eucharistie et les autres sacrements. Le Christ a voulu que nous partagions ces biens de la vie éternelle pour nous établir dès maintenant dans la communion “in sacris”, dans l’unité des enfants de Dieu appelés à ne faire qu’un dans le Fils uni au Père dans la communion de l’Esprit : allons-nous nous dérober au don de l’Amour ?

Adultes, responsables, prenez garde à ce que vous donnez à ceux qui vous sont confiés : pour les autres comme pour vous-mêmes, recevez volontiers tout ce qui est bienfaisant et vient de Dieu miséricordieux, évitez les images, les paroles et les expériences frelatées qui ne nourrissent rien de bon en l’homme.

En toute chose qui le mérite, recevez-vous les uns les autres, offrez-vous à la rencontre des autres croyants pour la joie du partage dans la foi comme on trinque à la résurrection : parfois, le choc des coupes peut être un peu violent et douloureux, mais si l’on prend garde à ne pas se briser les uns les autres dans la confrontation, de la bienveillance mutuelle à se prendre en considération naîtra une foi plus forte et plus aguerrie pour tous, Français, Anglais, Italiens, Chinois, Allemands ou autres, de toutes les nations qui sont sous le ciel.

C’est ainsi que, dans l’Eucharistie comme dans notre vie où nous partageons le pain rompu et buvons à la coupe du Seigneur, nous pourrons « tressaillir ensemble d’une joie inexprimable qui nous transfigurera car nous allons obtenir notre salut qui est l’aboutissement de notre foi. »