Dimanche 6 avril 2008 - Troisième dimanche de Pâques

Le chantage affectif, c’est l’amour envahisseur

Actes 2,14.22b-23 - Psaume 15,1-2a.5.7-10.2b.11 - 1 Pierre 1,17-21 - Luc 24,13-35
dimanche 6 avril 2008.
 

Le chantage affectif, c’est l’amour envahisseur : si tu ne fais pas ce que je veux, c’est que tu ne m’aimes pas, et donc je pourrais bien ne plus t’aimer non plus. Pour plus d’efficace, la menace est nappée de promesse : si tu fais ce que je veux je t’en aimerai mieux. Cette dérive affective est plutôt féminine et maternelle. Son opposé viril est l’autoritaire qui, sans considération pour les personnes, impose implacablement sa volonté comme celle du plus fort. Un homme qui traite ainsi ses enfants se montre sans affection et ne mérite donc pas le nom de père.

L’autoritarisme enferme les êtres de l’extérieur dans une contrainte de fer. Mais le chantage affectif n’enferme pas moins, de l’intérieur en quelque sorte, c’est pourquoi je le qualifie d’envahisseur. Les enfants qui subissent l’un ou l’autre de la part de leurs parents ne manquent pas de le leur renvoyer en face. La figure du petit gâté qui ne supporte aucune frustration est bien connue : si tu me refuses ce que je veux, tu es méchante, tu ne m’aimes pas, et donc je ne t’aimerai pas non plus. Quant au rebelle qui n’aspire qu’à renverser l’autorité pour s’en emparer, il ponctue douloureusement l’histoire des familles et des peuples.

Qu’il est donc difficile d’être père ou mère dans la justesse de l’amour responsable ! Rien n’est pire que la famille, comme lieu de tensions, de conflits et de tyrannie mutuelle, et pourtant en elle réside le meilleur de notre humanité, puisqu’elle est la cellule fondamentale où doit se refléter l’amour de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, qui nous a créés à son image.

« Frères, vous invoquez comme votre Père celui qui ne fait pas de différence entre les hommes, mais qui les juge chacun d’après ses actes » avons-nous entendu dans la deuxième lecture. Il est donc à la fois le Juge qui prononce avec justice et le Père qui fait miséricorde. L’un ne va pas sans l’autre. Il serait fou de compter sur l’indulgence de Dieu en le narguant en face par une vie effrontément dissolue au lieu de s’efforcer de faire sa volonté. Il est indigne de Dieu de le représenter comme l’applicateur implacable d’une loi de fer sous le coup de laquelle il serait impossible de ne pas tomber.

De même, quand Jésus s’approche des disciples d’Emmaüs, il s’adresse à leur intelligence pour leur expliquer les Écritures et leur faire comprendre comment elles annonçaient ce qui s’est passé, et leur cœur devient brûlant en eux. La foi nécessite un bain communautaire d’amour fraternel pour naître et se nourrir, elle se structure et se fortifie par l’intelligence des Écritures entendues comme parole de Dieu. L’attachement personnel à Jésus Christ Fils de Dieu de tout son être, avec toute son affectivité, son intelligence et sa volonté, est nécessaire pour entrer dans la vraie foi en Dieu, et donc aussi dans la plénitude de son humanité libérée du péché qui la corrompt.

Ni intellectualisme désincarné qui gonfle d’orgueil, ni chantage affectif qui n’est qu’un faux amour envahisseur, la foi est véritablement l’accueil de l’Amour libérateur.