Dimanche 20 avril 2008 - Cinquième dimanche de Pâques

Le râleur, le rêveur et le raisonneur - scénario bien construit, ambiance garantie, action !

Actes 6,1-7 - Psaume 32,1-5.18-19 - 1 Pierre 2,4-9 - Jean 14,1-12
dimanche 20 avril 2008.
 

Le râleur, le rêveur et le raisonneur - scénario bien construit, ambiance garantie, action ! Une bonne histoire de randonnée et d’aventure suppose un groupe de caractères contrastés et complémentaires, par exemple ceux que j’ai dit. Le râleur, mauvaise tête et bon cœur, n’est jamais content mais après avoir dit non il est toujours partant. Le rêveur a l’esprit ailleurs, il n’est jamais à l’heure, mais ses désirs élargissent l’horizon. Le raisonneur a une théorie sur tout, il complique à plaisir, mais il sait réfléchir.

Dans l’évangile, Thomas, Philippe et Jude jouent un peu ces rôles. Le troisième n’apparaît pas dans le passage que vous venez d’entendre : il intervient dans la suite du chapitre. On pourrait dire que chacun d’eux se focalise sur une personne de la Sainte Trinité. Thomas manifeste son attachement inconditionnel et quasi borné à la personne de Jésus. Philippe désire la vue du Père, c’est tout. Quant à Jude, il demande : « Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous et non pas au monde ? » Sa perplexité est peut-être inspirée en quelque mesure par l’Esprit Saint qui doit être répandu sur toute chair.

À la veille de sa passion, Jésus donne des instructions permanentes à ses disciples pour qu’ils n’aillent pas au désastre de la dispersion. Si le groupe se défait, chacun n’est plus que ce qu’il est, c’est-à-dire finalement pas grand-chose. Le caractère d’un individu a tôt fait de devenir un défaut s’il s’exaspère dans l’égoïsme, tandis que bien intégré dans une communauté vivante il devient un atout pour l’ensemble en temps opportun.

Le râleur est parfois pénible et rabat-joie, mais quand l’ambiance est sombre et le moral au plus bas, c’est souvent lui qui marche envers et contre tout et fait lever les autres. Le rêveur cause problèmes et contretemps, mais il empêche le groupe de se fermer sur lui-même. Le raisonneur fatigue tout le monde, mais on a parfois bien besoin de lui pour savoir ce qu’on fait.

Comprenez l’enseignement du Seigneur : c’est ensemble, frères, que nous sommes la voie, la route de la foi, puisque nous formons le corps du Christ qui est le chemin, la vérité et la vie. La foi n’est pas un simple commutateur individuel, les uns l’ayant et les autres pas. C’est ensemble que, pierres vivantes assemblées, nous formons le Temple de la foi. C’est pourquoi il n’est pas de croyant non pratiquant : ça n’existe pas !

Il ne faut donc pas prendre trop au sérieux, trop au drame, ce qu’est chacun individuellement comme caractère et qui influe forcément sur sa façon de confesser ou non la foi de l’Église. Il faut plutôt persévérer dans les tensions qui ne manquent pas de se manifester entre les uns et les autres, sans rompre le lien si précieux qui nous rattache les uns aux autres.

« Croyez en Dieu, croyez aussi en moi ! » dit Jésus au début de notre évangile (plutôt que « Vous croyez en Dieu... »). La foi est bien la question de ce chapitre 14 de saint Jean. Dans notre seul passage, le verbe croire est employé sept fois par Jésus. Il nous y explique que ce trésor suprême qui est la vérité et donne la vie n’est autre que lui-même, le Fils bien-aimé du Père uni à lui dans la communion de l’Esprit Saint, et qu’il se vit concrètement comme un chemin d’Église où nous accomplissons l’oeuvre de Dieu.

Marchons donc ensemble dans ce Christ que nous formons, dans la diversité et la richesse de nos tempéraments unis dans l’action selon la volonté de Dieu : ainsi nous traverserons tous les obstacles, nous franchirons la croix sous toutes ses formes, afin que le monde croie et soit sauvé.