Dimanche 27 avril 2003 - Deuxième dimanche de Pâques

Ah, si seulement...

Actes 4,32-35 - 1 Jean 5,1-6 - Jean 20,19-31
dimanche 27 avril 2003.
 

Ah, si seulement...

Ah, se dit l’homme des terres pauvres, si seulement j’arrivais à entrer dans ce pays-là, enfin je pourrais commencer à vivre !

Ah, se dit l’ambitieux, si seulement je pouvais parler au président, alors on verrait qui je suis !

Ah, dit l’amoureux, des étoiles plein les yeux, si seulement tu m’aimais, je serais, de tous les hommes, le plus heureux !

Au fait, pourquoi dit-on "seulement" alors qu’il s’agit d’espérances considérables ? Parce que "seulement" signifie ici que la condition est suffisante. Tandis que "seulement si" introduit une condition nécessaire, ce qui n’est pas la même chose. Évidemment, "si seulement" et "seulement si", on peut confondre.

Par exemple, quand Thomas dit : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mes doigts à l’endroit des clous...", est-ce une condition nécessaire ou suffisante ? C’est une condition nécessaire, seulement.

Et nous, nous disons : "Moi, je suis comme saint Thomas, je ne crois que ce que je vois." Nous pensons : lui, il a eu de la chance ; moi aussi, si j’avais eu une expérience d’apparition comme la sienne, je croirais comme lui. Erreur, mes amis, erreur totale ! Car si pour Thomas, déjà, l’expérience en question n’est pas suffisante, pour nous elle n’est même pas nécessaire, elle est tout à fait hors sujet.

Les Apôtres, les Douze, ont partagé avec Jésus sa vie publique et ils l’ont vu mourir sur la croix. L’exigence de Thomas est donc normale, et même indispensable : il s’agit de pouvoir constater que le ressuscité est réellement celui qui était vivant et qui est mort. Or, c’est bien le cas : Jésus ressuscité est le même, pas un autre, même s’il est autrement.

Mais cette constatation nécessaire, pour laquelle Thomas est exemplaire, n’est pas l’évidence que Jésus soit le Messie, le Christ, Fils de Dieu et Dieu lui-même en qui nous pouvons avoir la vie éternelle. Or, telle est la confession de foi de Thomas.

Jésus lui déclare alors : "Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui croient sans avoir vu." Cela signifie que pour nous qui n’avons pas connu le Seigneur dans la chair avant la Passion ni après la résurrection, la situation est différente, mais équivalente : notre foi est de même prix que la leur.

Quel est donc l’équivalent pour nous de la connaissance sensible que les Apôtres ont eue de Jésus ? L’Évangile. La parole de Dieu inscrite dans la Bible et proclamée par l’Église. Les Écritures saintes, qui rendent témoignage à Jésus.

Il est absolument nécessaire, chers amis, de fréquenter assidûment cette Parole en l’écoutant très attentivement, en la savourant de toute son intelligence et de tout son cœur, en la "remâchant" de jour et de nuit, d’en faire la compagne de sa vie comme quelqu’un qu’on aime. C’est ainsi que nous connaissons Jésus, nous aussi.

Et quel est l’équivalent de la rencontre du Ressuscité montrant les plaies de sa Passion ? La célébration de l’Eucharistie et des autres sacrements. La participation physique à cette assemblée dans laquelle le Seigneur se rend effectivement présent, particulièrement dans le don de son corps et de son sang sous les signes du pain et du vin.

Attention, frères, ces conditions sont nécessaires, mais elles ne sont pas suffisantes. Je peux avoir passé ma vie à scruter les textes sans jamais avoir voulu recevoir pour Seigneur de mon âme celui dont ils parlent. Je peux être venu mille fois à la messe sans être jamais tombé à genoux, dans la vérité de mon cœur, aux pieds de celui qui a souffert et qui est mort pour nous sauver.

Ce n’est qu’en nous livrant au feu de la Parole, en sorte que notre cœur devienne brûlant en nous, que nous pouvons connaître Jésus en vérité. Et ce n’est qu’à ce prix que nous pouvons, en nous jetant avec confiance en sa miséricorde manifestée par ses plaies, le rencontrer vraiment dans les sacrements, l’accueillir et le recevoir, communier enfin avec lui.

Écouter la Parole et recevoir ainsi les sacrements de l’Église, Baptême, Confirmation et Eucharistie d’abord, sont donc les conditions absolument nécessaires de la foi, frères, mais sont-elles suffisantes ? En fait, Dieu seul suffit. Solo Dios basta. Lui seul, par pure grâce, peut donner la foi.

Mais si nous nous appliquons à l’écoute de la parole et à la fréquentation des sacrements en nous efforçant de mettre notre vie en conformité avec Jésus Christ, Dieu ne nous donnera-t-il pas la foi ? Ne nous accordera-t-il pas celui qu’il a toujours voulu nous offrir, son Fils qui s’est offert à lui pour nous ?

Car la foi vivante en Dieu et en celui qu’il a envoyé, Jésus Christ, est la condition nécessaire et suffisante pour que nous commencions à vivre de la vie éternelle, pour que nous devenions, et que se manifeste, ce que nous sommes par la grâce du baptême en la mort du Seigneur, afin que nous connaissions le bonheur d’aimer Dieu et nos frères pour toujours.