Jeudi 1er mai 2008 - L’Ascension du Seigneur

Place au jeune !

Actes 1,1-11 - Psaume 46,2-3.6-9 - Éphésiens 1,17-23 - Matthieu 28,16-20
jeudi 1er mai 2008.
 

Place au jeune ! Autrement dit : Que le vieux dégage ! Telle est la dure loi de notre humanité où les générations se succèdent. C’est difficile pour les vieux qui ont tendance à s’accrocher. C’est difficile aussi pour les jeunes qui appréhendent de prendre des responsabilités. Mais c’est une nécessité pour tous : celui qui vient remplace celui qui s’en va, c’est comme ça.

Pourtant, en ce qui concerne Jésus, nous sommes devant un dilemme : s’il ne s’en va pas, il ne fait pas place au jeune après lui, mais s’il s’en va, la logique veut qu’il soit remplacé par celui qui vient, or il reste irremplaçable.

C’est pourquoi il s’en va et il vient dans le même mouvement.

Vous avez entendu dans la première lecture : « Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » Mais, comme souvent, la traduction liturgique s’écarte ici sensiblement de la littéralité du texte grec. Le changement le plus important est de traduire “revenir” alors qu’il est écrit “venir”. Il faut entendre : « Ce Jésus qui a été enlevé de vous vers le ciel viendra ainsi, dans la même direction que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Certes, nous pouvons penser à l’Esprit Saint dont la venue vient d’être promise par Jésus. Mais l’Esprit Saint est un autre que le Fils, et d’ailleurs il descend du ciel, il n’y monte pas. Au fait, qui sont les “deux hommes en vêtements blancs” qui parlent ici ? Nous sommes tentés d’y voir des anges. Mais si saint Luc (qui est l’auteur des Actes) écrit “hommes” et non “anges”, ce n’est certainement pas par inadvertance. En fait, dans le contexte de l’évangile qui précède, ils évoquent plutôt Moïse et Élie, apparus avec Jésus à la Transfiguration. En effet, la Loi et les prophètes, au témoignage du Nouveau Testament, sont la prophétie de la Pâque du Seigneur : les souffrances du Messie, son élévation sur la croix, sa résurrection, son entrée dans la gloire et l’envoi de l’Esprit Saint en ces temps qui sont ainsi les derniers. Le futur « viendra » est donc à comprendre comme renvoyant à ce qui arrivera à partir de la venue de l’Esprit Saint au jour de la Pentecôte.

L’affirmation claire et nette de notre texte est qu’à partir de la Pentecôte Jésus vient en montant des disciples en direction du ciel, selon le même mouvement que celui de l’Ascension, quand il s’en va de ses disciples au ciel.

Quelle est la clef de l’énigme ? C’est que l’Esprit Saint nous fait devenir le Christ. Comme vous l’avez entendu dans la lettre aux Éphésiens, Dieu déploie pour nous « la force même qu’il a mise en œuvre dans le Christ quand il l’a ressuscité d’entre les morts et l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux » pour que meure en nous le vieil homme avec ses péchés, ses doutes et ses convoitises tandis que nous sommes recréés dans la justice et la sainteté de la vérité.

Nous renaissons d’en haut, ensemble en Église mais aussi chacun personnellement dans la mesure où il se laisse sanctifier, de façon à réaliser « l’accomplissement total du Christ ».

Ainsi, Jésus, le Fils unique de Dieu, n’est pas remplacé, et pourtant il nous laisse “la place” pour que nous grandissions jusqu’à lui, en sorte qu’il vient vraiment lui-même quand nous devenons lui.

Alors place à l’Esprit Saint ! Place à Jésus le premier-né d’entre les morts ! Notre être extérieur peut bien aller vers sa ruine dans le vieillissement et la destruction qui sont le lot de toute chair depuis le premier péché, l’homme intérieur en nous va vers sa jeunesse par la puissance de l’Esprit Saint qui fait toute chose nouvelle, la jeunesse éternelle du Fils de Dieu ressuscité sur qui la mort n’a plus aucun pouvoir.