Dimanche 4 mai 2008 - Septième dimanche de Pâques - Baptême d’un petit enfant

Pour ou contre

Actes 1,12-14 - Psaume 26,1.4.7-8 - 1 Pierre 4,13-16 - Jean 17,1b-11a
dimanche 4 mai 2008.
 

Pour ou contre. Enclins à la tolérance et à l’indulgence, nous n’aimons pas être pressés de prendre position de manière ainsi tranchée. Pourtant, il se peut que nous soyons contraints à assumer une telle situation que nous n’avons pas choisie.

Pourquoi, en effet, Jésus dit-il : « ce n’est pas pour le monde que je prie » ? Cette réserve nous choque, ou pour le moins nous surprend : ne sommes-nous pas habitués à formuler des intentions pour le monde dans nos prières universelles ?

Jésus se trouve à la veille de sa Passion. Demain il sera rejeté par le monde : arrêté par les gardes du Temple, jugé par les chefs de son peuple, crucifié par la main des païens. En lui, c’est Dieu que le monde rejette. Le monde, ennemi de Dieu à cause du Mauvais, assigne au Christ la position d’ennemi. Lui sur qui la haine n’a aucune prise doit pourtant assumer cette position d’ennemi qui lui est faite.

Son amour est intact : demain il va donner sa vie pour que le monde soit sauvé. Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils. Mais le chemin de la Rédemption passe par cette veille de la Passion où le Fils prie le Père pour les fidèles, et non pour le monde.

De même, le chemin de la Pentecôte, de ce matin où l’Esprit répandu sur les Apôtres les fera sortir au grand jour pour annoncer le salut à toutes les nations, passe par la prière du petit groupe apeuré rassemblé frileusement à l’abri de portes verrouillées.

Le mouvement de Pâques est tout entier glorification du Père par le Fils et du Fils par le Père : la passion, par laquelle le Fils se montre parfaitement obéissant au Père en accomplissant sa volonté et son merveilleux dessein de salut par amour pour les hommes ; la résurrection, dans laquelle le Père manifeste la sainteté du Fils et le Fils la justice du Père ; l’Ascension qui réalise l’intégration parfaite de l’humanité du Fils incarné en Dieu ; et la Pentecôte où s’accomplit pour nous et en nous l’œuvre de Dieu. Tel est le sens de la prière sacerdotale de Jésus dont nous venons d’entendre le début dans l’évangile d’aujourd’hui.

Disciples du Christ, nous serions fous de vouloir échapper à son chemin, de prétendre nous établir au-dessus de sa condition qui fut celle d’une pierre d’achoppement. « J’aime tout le monde, je n’ai pas d’ennemis, il faut voir le bien partout etc. » : Quelle illusion ! Quelle naïveté dérisoire ! Quelle dangereuse inconscience dans une confusion qui n’est autre qu’une des multiples ruses du Malin.

Jésus, au moment de passer de ce monde à son Père, prie pour nous, les disciples qui ont cru en lui et reçu sa parole. En effet, par la puissance de l’Esprit Saint, ceux qui sont baptisés dans la mort du Seigneur pour mourir au péché et dans sa résurrection pour être recréées dans la justice et la sainteté de la vérité sont faits Christ. Ils sont constitués comme lui pour accomplir la volonté du Père en passant de quelque manière par le rejet du monde dans la passion du Fils de Dieu, et ainsi pour avoir part à l’œuvre de la rédemption.

Tel est le sens du baptême, chers amis, dont nous voyons alors bien la nécessité. Loin que le baptême soit superflu « puisque Dieu aime tous les hommes et que tous sont enfants de Dieu », au contraire, le baptême de ceux que le Père donne au Fils est nécessaire au salut de tous. Et c’est pourquoi il nous faut prier le Christ, et prier avec lui en tout premier lieu pour l’Église, pour la communion des baptisés unis dans la foi catholique.

Telle est la vérité, et la vérité n’est contre personne, elle est pour la liberté et donc pour la vie de tous. Tel est l’amour, car l’amour est vérité, il n’y a pas de mensonge dans l’amour, et l’amour n’est contre personne, il est pour la vie de tous.

Frères, si le monde nous hait à cause du Christ, assumons courageusement le poste qui nous est assigné contre le mensonge du Prince de ce monde. Ne faisons pas défection, nous qui portons le nom de celui qui a donné sa vie en rançon pour tous, ne refusons pas de souffrir pour ce nom. Car Jésus a dit : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi », et dans sa parole est le salut du monde.