Dimanche 11 mai 2008 - Pentecôte

Alors, on ne se refuse rien ?

Actes 2,1-11 - Psaume 103,1.24.29-31.34 - 1 Corinthiens 12,3b-7.12-13 - Jean 20,19-23
dimanche 11 mai 2008.
 

Alors, on ne se refuse rien ? Sur un mode enjoué cette remarque se situe entre complicité et dénonciation : elle suggère que le généreux usage constaté confinerait peut-être à l’abus et au désordre. Les meilleures choses méritent d’être prises avec mesure et bonne disposition, faute de quoi l’on risque fort de les gâcher.

C’est pourquoi notre évangile de la Pentecôte se termine sur une note surprenante, de nature à suspendre tout emballement béat : « Tout homme à qui vous remettrez leurs péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous les maintiendriez, ils lui seront maintenus. »

L’ascension du Christ a ouvert le ciel d’où peut maintenant couler une source surabondante de grâces, l’Esprit lui-même qui est Dieu et don de Dieu. Mais l’heure n’est pas pour autant à l’ébriété ou au galvaudage des mystères du salut.

Souvent nous sommes confrontés à une question qui porte une revendication : « Pouvez-vous, l’Église peut-elle refuser les sacrements ? » Autrement dit, ne faut-il pas les donner aussitôt à quiconque les demande, puisque c’est le don de Dieu qui nous dépasse et que de toute façon ça ne peut pas faire de mal ?

La réponse se déduit clairement de ce que nous avons entendu : s’il y a lieu, à l’occasion, de maintenir ses péchés à un homme, c’est donc que le discernement et la juste décision en la matière font partie des devoirs de ceux que Dieu a établis intendants de sa grâce.

Pour comprendre ce qui est en jeu, rappelons-nous la parole de l’Apôtre dans la lettre aux Romains : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance afin de faire à tous miséricorde. » Ce n’est pas Dieu qui a rendu les hommes désobéissants, mais c’est lui qui a décidé de leur révéler leur désobéissance au moment de les en délivrer afin qu’ils puissent recevoir leur salut.

L’Esprit Saint pourrait-il se recevoir comme en ne se refusant rien ? Certainement pas. Au contraire, non seulement les biens du salut conférés à des personnes non préparées à les accueillir et sans les conditions nécessaires d’un accompagnement ecclésial ultérieur convenable ne portent aucun fruit, mais encore une telle pratique les dévalorise et rendent les intéressés incapables de les désirer.

Nous avons fait pire. Des cohortes d’enfants ont été contraints de pratiquer la messe et la confession sans avoir été amenés à la nécessaire disposition de foi et de charité par l’écoute de la parole de Dieu et l’adhésion à l’Évangile, et donc sans aucune espérance du salut par ces sacrements, en sorte qu’ils ont appris à mépriser l’Église et ses dons dans le temps même où l’on prétendait leur donner une “formation religieuse”.

Que tous ces abus d’antan et ceux qu’on commet encore aujourd’hui se parent de bonhomie complice ou s’autorisent d’une prétendue rigueur dans la fidélité à la tradition, ils ne sont qu’ignorance et inconséquence, ils enfoncent ceux qui les commettent et ceux qui les subissent dans l’erreur et la méconnaissance du don de Dieu. Arrêtons le gâchis.

Il ne s’agit pas pour nous de juger le passé et nos devanciers, mais de comprendre la situation qui est la nôtre et comment elle s’est installée afin de pouvoir prendre correctement nos responsabilités aujourd’hui. Or, cette tâche est bien sûr de façon spécifique celle des pasteurs, mais elle incombe fondamentalement à toute l’Église, c’est-à-dire à tous les fidèles, chacun selon sa place et sa grâce.

Il ne faut pas accorder légèrement baptême, pardon ou communion à la première demande sans l’examiner, l’éprouver et la former autant que nécessaire. Et si une personne se dérobe à l’appel à la conversion, ce qui peut lui apparaître alors comme un refus n’est que la parole de vérité sans laquelle il n’y a pas de chemin de vie pour elle.

Le péché du monde est refus de Dieu. Quiconque s’enfonce dans le péché ne se refuse rien, sinon Dieu. Mais Dieu ne nous a pas abandonnés : en nous donnant son Fils il ne nous a rien refusé, en nous donnant l’Esprit il nous a tout donné. Telle est notre joie et le motif de la mission qui nous est confiée, avec l’assistance de l’Esprit Saint répandu sur les Apôtres au jour de la Pentecôte.