Dimanche 18 mai 2008 - La Sainte Trinité

Quoi d’original ?

Exode 34,4b-6.8-9 - Cantique Daniel 3,52-56 - 2 Corinthiens 13,11-13 - Jean 3,16-18
dimanche 18 mai 2008.
 

"Quoi d’original ?" Question décisive pour un auteur : qu’apporte-t-il, quelle est sa valeur ajoutée ? Les professeurs récoltent des foules de copies qui fourmillent d’idées originales... en matière d’orthographe. Or, toutes les façons ingénieuses de mal écrire un mot ne sont qu’erreur et ignorance, ce qui ne présente guère d’intérêt.

Qu’y a-t-il d’original dans la foi chrétienne ? Certains disent : Appeler Dieu Père, dire que Dieu est Amour ou encore la Sainte Trinité. Mais, outre que l’appellation de « Père » pour Dieu est très ancienne en Israël, elle est aussi universelle : les Grecs, par exemple, nomment Zeus père depuis les temps homériques au moins ; ils le disent exactement « Père des dieux et des hommes ». Et « Jupiter » signifie littéralement « Dieu père ». Pour ce qui est de la trinité comme schéma de représentation du divin, on la retrouve aisément dans nombre de traditions orientales ou africaines. Enfin, d’une façon ou d’une autre, toutes les religions ont l’amour en vue et parlent d’amour.

On se trompe complètement quand on cherche à montrer l’originalité chrétienne de l’idée de Dieu. Idée et idole, c’est le même mot. Or, Dieu s’est révélé à Israël comme le Vivant face à qui toutes les idoles s’effondrent. Nous n’avons pas une idée de Dieu mais une expérience de Dieu. Nous ne sommes pas les héritiers d’une histoire des idées ou des images de Dieu, mais les fils du Royaume de Dieu établi par lui avec puissance et fidélité au cours d’une histoire d’Alliance qui continue avec nous.

Vous avez entendu dans la première lecture Moïse implorer Dieu : « S’il est vrai, Seigneur, que j’ai trouvé grâce devant toi, daigne marcher au milieu de nous. » Remarquez ce mot : marcher. Rien de plus humain et terre-à-terre que de marcher. Des peuples ont pu rêver qu’un Dieu les accompagne, mais c’était alors comme un feu ou une foudre, un vent formidable ou un ébranlement du sol. Mais marcher avec l’homme était un programme incroyable pour un dieu. Or, depuis Abraham, Dieu a décidé de marcher avec les hommes qu’il avait choisis pour en faire ses amis. Nos pères ont marché avec lui et tout Israël aussi.

Mais dans l’extrait du chapitre 34 que nous avons entendu, le verset 7 a été omis. Dommage. Le contexte est l’épisode du veau d’or. Moïse est descendu de la montagne, il a brisé les premières Tables, châtié les coupables et supplié Dieu de pardonner à son peuple. Dieu a répondu : « Soit, j’accomplirai ma promesse. Mais j’enverrai mon ange pour te guider, je ne viendrai pas moi-même. Car si je marchais un seul jour avec ce peuple, je l’exterminerais. » Moïse, alors, a insisté : « Si tu ne viens pas toi-même, ce n’est pas la peine » ! Et Dieu lui a concédé ce qu’il demandait. C’est pourquoi au verset 7 il se dit « le Dieu qui supporte la faute, la révolte et le péché, mais sans rien laisser passer. »

Ainsi s’annonçait depuis le début ce qui devait s’accomplir : que Dieu s’anéantisse lui-même pour pouvoir marcher avec l’homme pécheur sans l’anéantir. Tel est le don du Fils. Il faut donc qu’il y ait un Père et un Fils : l’un qui envoie et l’autre qui est envoyé. L’un qui demeure dans la condition de Dieu, dans la toute-puissance, l’immortalité et l’invulnérabilité, et l’autre qui est rendu impuissant, mortel et souffrant. Dans sa toute-puissance, Dieu s’est fait impuissant pour marcher avec l’homme pécheur sans l’anéantir, afin de l’arracher au péché et qu’il échappe au jugement : c’est Emmanuel, Dieu avec nous, le Fils unique allant au bout de l’amour jusqu’à donner sa vie sur la croix.

Mais le fruit d’un tel sacrifice est destiné à rejoindre tous les hommes : tous ensemble et chacun de nous personnellement, nous avons vocation à devenir fils de Dieu dans le Fils unique. Celui qui accomplit cette merveille, c’est l’Esprit Saint qui a parlé par les prophètes. Il est répandu dans nos cœurs pour nous libérer du péché, nous sanctifier et nous renouveler dans la justice et la sainteté de la vérité.

Plus nous devenons ce que nous sommes, c’est-à-dire fils de Dieu, plus nous sommes faits semblables à Jésus, le parfait Serviteur qui dit : « Le Fils ne fait rien de lui-même, tout ce qu’il voit faire au Père, il le fait aussi. » Nos prétendues originalités ne sont en général que fautes dépourvues d’intérêt, résultat de nos erreurs et de notre ignorance. Nous devons nous vider de notre vanité afin d’être remplis de la divinité par celui qui s’est penché sur son humble servante, et toutes les générations la disent bienheureuse.

Ce que nous devons comprendre du Mystère de la Sainte Trinité en le vivant, c’est que Dieu envoie son Esprit Saint par la grâce de son Fils Jésus Christ Sauveur des hommes pour que nous soyons rendus semblables à lui et unis en lui. Ainsi nous entrons dans l’originalité même de Dieu, l’Unique, celui qui est qui était et qui vient, un seul et même Dieu, l’Amour aux siècles des siècles.