Dimanche 25 mai 2008 - Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ

Ça dépend si c’est pour manger ou pour travailler

Deutéronome 8,2-3.14b-16a - Psaume 147,12-15.19-20 - 1 Corinthiens 10,16-17 - Jean 6,51-58
dimanche 25 mai 2008.
 


-  Vous êtes nombreux ici on dirait, combien êtes-vous ?

-  Ça dépend si c’est pour manger ou pour travailler...

Cette plaisanterie s’adapte aisément à diverses situations professionnelles ou sociales. Elle fait écho sur un mode léger à la sévère injonction de saint Paul : « Celui qui ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ! » En ce jour de la fête du Corps et du Sang du Christ, elle nous fournit aussi une entrée en matière pour réfléchir à la riche signification du beau mot de communion.

« Commun », dont communion dérive, vient du latin comunis « qui appartient à plusieurs ». Comunis est formé de cum « avec » et de munis « qui accomplit sa charge », apparenté à munus « charge » et « présent ». Cette étymologie suggère une compréhension très profonde de la communion : c’est un présent, un cadeau, et en même temps une charge, le tout destiné à plusieurs personnes ensemble.

Le Corps et du Sang du Christ qui nous sont offerts à la table eucharistique sont le plus beau des présents que Dieu nous fait. Ils entraînent avec eux tous les autres modes de présence du Seigneur qu’il nous est donné de recevoir comme « la chair qui est la vraie nourriture et le sang qui est la vraie boisson », c’est-à-dire l’humanité intégrale du Christ nourriture de vie éternelle. En même temps ils signifient la charge apostolique du Seigneur lui-même qu’il confie à son Église. Ceux qui mangent le Christ sont appelés aussi à travailler comme lui à sa suite.

L’évangile d’aujourd’hui nous porte à élargir ainsi notre compréhension de l’Eucharistie. Le point focal de l’expérience de la communion pour un fidèle est bien cette rencontre infiniment privilégiée que constitue le fait de recevoir et de manger l’hostie qui est le corps du Christ, et d’avoir part ainsi également au sang du Christ puisque, le prêtre ayant bu à la coupe, tous recevront l’intégralité du don sous la seule espèce du pain. Or, cette remarque nous entraîne déjà au-delà de l’expérience d’un simple face-à-face du disciple avec le divin maître, vers la dimension ecclésiale de toute communion.

En effet, l’insistance de Jésus sur sa « chair », mot qui revient six fois dans notre court passage, évoque la vocation des époux à « ne faire qu’une seule chair ». Par son sacrifice sur la croix, par son sang versé, Jésus donne naissance à l’Église, il donne sa vie pour elle comme pour son épouse rendue immaculée par ce sacrifice même. Avoir un mari, pour une femme, ne se réduit pas à tel ou tel aspect de sa relation avec lui, fût-ce le plus central et le plus émouvant que constitue l’union intime des personnes et leur donation réciproque dans l’acte conjugal.

Au contraire, ce point culminant de l’union des personnes irradie sur tous ses autres moments de conversation ou de collaboration aux œuvres communes, notamment le soin des enfants. En retour, la vérité de ce sommet de la vie conjugale dépend de la qualité de tous ces autres moments. D’une façon semblable, la rencontre de l’Église et du Seigneur Jésus dans l’Eucharistie, et donc celle de tout fidèle avec lui, doit irradier sur l’ensemble de l’existence fraternelle et missionnaire des disciples unis au Christ ; et sa vérité dépend de la qualité de cette existence évaluée à l’aune de l’Évangile et de la responsabilité qui nous en est confiée.

C’est pourquoi personne ne doit s’approcher de la table de communion sans la résolution de répondre généreusement à sa vocation d’ouvrier des œuvres de Dieu accomplies dans la fidélité ecclésiale. Le pain des forts nous est donné pour nous rendre capables d’accomplir la mission, et l’Esprit Saint aussi. En effet, le Fils en personne et l’Esprit qui est Dieu et don de Dieu nous sont offerts dans l’Eucharistie pour que nous soyons constitués « Christ » : purifiés de nos péchés, sanctifiés dans la vérité et l’amour, nous formons le corps du Christ offert aujourd’hui aux hommes pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.

Mangeons donc et travaillons. Que le Seigneur nous donne le bonheur de répondre gratuitement et par amour au don gratuit de son amour dans une vie généreusement offerte pour la gloire de Dieu et le salut du monde.