Dimanche 8 juin 2008 - Dixième dimanche A - Profession de foi

Vus ! Vous avez été vus !

Osée 6,3-6 - Psaume 49 - Romains 4,18-25 - Matthieu 9,9-13
dimanche 8 juin 2008.
 

Vus ! Vous avez été vus ! Qui ça, moi ? Quand ? Comment ? Grosse émotion : aurais-je été pris sur le fait ? Les enfants et les adolescents se disent parfois : « Si ma mère me voyait ! » Et souvent l’automobiliste pressé s’affole à l’idée que l’infraction commise à l’instant a peut-être été constatée par la maréchaussée. Il redoute le coup de sifflet fatidique, puis un signe qui veut dire : « Suivez-moi ! » et tout ce qui s’ensuit de désagréable.

Le publicain Matthieu n’a-t-il pas toutes les raisons de s’inquiéter ainsi lorsque Jésus le voit et lui dit : « Suis-moi » ? Il est pris sur le fait, cet homme qui collecte les impôts au profit de l’occupant romain, il est vu accomplissant sa vilaine besogne de voleur, sans doute, et de collaborateur sûrement. Et voilà que le Christ, ce juste dont la sainteté abomine le péché, le désigne et le convoque : ne va-t-il pas le tancer et le condamner ?

Mais, à la stupéfaction générale, il l’invite à sa table. Comment comprendre cette attitude contraire à toutes les attentes ? Il faut que Jésus ait vu autre chose que les spectateurs de la scène, ou qu’il ait vu autrement ce que tous peuvent voir à la manière ordinaire.

Quand Dieu parle à Moïse au Buisson ardent, il dit : « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple. » Voilà ce que Dieu voit en nous regardant : que tous les malheurs du monde et notre péché nous blessent et nous défigurent. Dans son amour, il veut nous en guérir et nous libérer comme un bon médecin plein de compassion.

Jésus voit bien le péché de Matthieu, et vraiment il lui fait horreur. Mais il peut pardonner et ne considérer alors en l’homme que la victime du Mauvais. Telle est la puissance de sa miséricorde. En outre, et même avant que l’homme se soit amendé, il voit dans le pécheur aussi toutes sortes de beautés et de qualités qui remontent à la création à son image, et qui ne sont pas annulées par le péché, car Dieu ne nous a pas abandonnés.

Notre regard spontané est hélas d’ordinaire précisément le contraire de celui de Jésus. Il est celui des pharisiens qui, voyant cela, murmurent et protestent : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? »

Je n’ai rien contre les gendarmes, du moins tant qu’ils ne m’arrêtent pas : ils font leur métier et il en faut à la société. Mais pourquoi chacun de nous se fait-il pour autrui comme un policier, un juge et un bourreau perpétuellement à l’affût ? Surtout si quelqu’un se signale par des qualités ou des réussites éminentes, nous cherchons à le dénigrer et à le disqualifier autant qu’il est possible. Ce mauvais regard que nous portons les uns sur les autres est au nombre de nos pires péchés

Mais Dieu a voulu nous guérir de la malveillance. Il s’est penché sur Abraham pour lui dire « Suis-moi. » Pourquoi le Patriarche s’est-il levé, sinon parce qu’il a été saisi d’un pareil signe d’amour de la part du Tout-Puissant pour sa misérable créature. Ne cherchons pas ailleurs le motif de la réponse immédiate de Matthieu à l’appel de Jésus : que le Maître le regarde avec bonté et espérance, alors qu’il aurait eu motif de le mépriser et rejeter, suffit amplement à le brûler d’amour en retour.

La foi que vous allez professer, mes jeunes amis, n’est pas autre chose que la confiance enthousiaste en l’amour de Dieu qui nous met debout alors que nous sommes encore pécheurs ; la confiance en Jésus qui nous guide et nous accompagne sur un chemin de sanctification où nous oeuvrons aussi au service de nos frères et pour le salut du monde.

L’amour est contagieux, vous le savez. Que la miséricorde le soit aussi ! Apprenez du bon Maître la miséricorde qui vaut mieux que tous les sacrifices et qui vous établit dans la véritable connaissance de Dieu : en contemplant le regard de Jésus sur vous-mêmes et sur vos proches, apprenez à voir en tout homme un enfant de Dieu qu’il n’a pas cessé d’aimer malgré ses péchés.