Dimanche 15 juin 2008 - Onzième dimanche A - Accueil de la demande de baptême des enfants du catéchisme

Propagande : action exercée sur l’opinion

Exode 19,2-6a - Psaume 99,1-3.5 - Romains 5,6-11 - Matthieu 9,36-10,8
dimanche 15 juin 2008.
 

Propagande : action exercée sur l’opinion. Ce sens du mot est le plus commun, avec souvent une connotation péjorative qui le tire vers l’idée d’intoxication. Pourtant les dictionnaires ne le donnent pas en premier, mais bien le sens religieux : “Congregatio de propaganda fide”, appellation en latin de l’organisme romain chargé de la “propagation de la foi”.

“Propaganda”, avant de signifier propagation, désigne littéralement le fait “d’enfoncer plus loin”. Les jeunes d’aujourd’hui apprennent en “SVT” (Sciences de la vie et de la terre) qu’en cassant un rameau et le fichant dans le sol on peut obtenir une nouvelle plante. Cette technique s’appelle le marcotage ou le bouturage, mais aussi le provignage lorsqu’il s’agit de la vigne.

Au fait, que représente la vigne dans l’Écriture ? Israël, bien sûr, ce peuple à qui Dieu s’adresse en ces termes dans le passage du livre de l’Exode que nous venons d’entendre : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle pour vous amener jusqu’à moi. » Ailleurs il pleure sur cette vigne prise à l’Égypte et plantée sur sa bonne terre, puis devenue déserte, outragée par tous les passants.

Pourtant, le Seigneur n’a pas abandonné son peuple, il a continué à le former par la parole des prophètes dans l’espérance du salut, c’est-à-dire du jour où il serait affermi définitivement dans la fidélité à l’Alliance, lui, et la terre entière par voie de conséquence. Mais comment passer d’un seul peuple chéri de préférence à tous les autres, Israël, à une humanité établie dans la justice à travers le monde ? Ce problème est considérable même pour Dieu, si l’on peut dire.

La colonisation, qui constitue une sorte de provignage, est une solution tentante : on prend une portion du peuple, on l’établit sur une terre étrangère où il prend racine et prospère au point d’éliminer ceux qui étaient là avant lui. Dieu n’a-t-il pas agi ainsi en donnant à Israël la terre des Cananéens ? Pourtant, il n’en a certainement pas fait une technique systématique, au contraire : les fils d’Israël déportés parmi les nations n’ont pas été mis en mesure de les éliminer, mais seulement de subsister dans l’attente du retour sur la Terre.

Saint Paul emploie une autre métaphore tirée de l’agriculture, celle de la greffe. L’opération consiste à prendre un rameau d’une plante longuement affinée à force de soins experts et de la ficher dans une entaille pratiquée sur une plante plus rustique mais aussi plus vigoureuse. Elle réussit lorsque le greffon, irrigué puissamment par la sève vitale du sujet, donne en abondance un fruit doté de ses qualités propres.

Mais la logique voudrait alors qu’Israël, soigneusement affiné par Dieu au fil de l’histoire de l’Alliance, soit greffé sur les nations païennes, grossières mais vigoureuses, de manière à obtenir une multiplication de bons fruits. Or, saint Paul explique au contraire aux païens qu’ils sont comme l’olivier sauvage greffé sur l’olivier franc. En fait, dans un sens comme dans l’autre la comparaison avec la greffe est stimulante et éclairante, mais ni dans un sens ni dans l’autre elle ne donne toute satisfaction pour expliquer ce qui se passe à l’avènement du Royaume.

C’est pourquoi l’évangile recourt à d’autres images, en particulier celle de la moisson, comme vous venez de l’entendre. Mais qui dit moisson dit d’abord semailles. Et là, nous touchons à la clef de toute l’énigme : Jésus Christ, le Fils de Dieu, est le grain tombé en terre qui meurt et qui donne beaucoup de fruit.

Au demeurant, lui-même dit en l’évangile de saint Jean : Je suis la vigne. « Ego sum vitis » en latin de calice, la vigne, c’est moi. La sainte vigne du Père qu’il a plantée dans notre terre, c’est son propre Fils venu dans notre chair. Or, il n’est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver : non pour éliminer du sol cette humanité qui s’était corrompue, mais pour l’établir en lui dans la justice et la sainteté de la vérité.

Ainsi, nous ne sommes pas les propagandistes d’un système philosophique ou politique, mais les porteurs de l’Évangile qui est Jésus en personne. Voilà pourquoi il envoie ses apôtres deux par deux, puisqu’il est écrit : là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. Auprès de nous, chers enfants qui demandez le baptême, vous êtes peut-être venus chercher ceci ou cela, mais c’est Jésus que vous allez trouver. En vous le donnant, Dieu vous aura tout donné.

Soyons donc unis dans la foi et la charité au milieu du monde comme à la messe, c’est ainsi que nous propagerons l’Évangile, c’est-à-dire Jésus Christ lui-même qui est l’espérance des nations.