Dimanche 22 juin 2008 - Douzième dimanche

À l’Opéra, bien placé avec vue plongeante sur la fosse, on n’en perd pas une miette

Jérémie 20,10-13 - Psaume 68,8.10.14.30-31.33-34 - Romains 5,12-15 - Matthieu 10,26-33
dimanche 22 juin 2008.
 

À l’Opéra, bien placé avec vue plongeante sur la fosse, on n’en perd pas une miette. Grâce à l’acoustique parfaite, avec l’aide de jumelles de théâtre, on peut regarder et écouter chaque instrumentiste en le distinguant de tous les autres. On pense alors au paradoxe du musicien d’orchestre qui reste, tout en écoutant l’ensemble avec une oreille extrêmement fine, un peu dans sa bulle : si sa partie consiste en un plum, plum, plum obstiné, ces trois petites notes surtout l’occupent.

Pas question pour autant de se mettre à jouer plus fort afin de s’imposer un peu : honte à qui en aurait l’idée ! Mal venu également serait de penser : pour l’importance que revêt ma petite partie, je peux aussi bien m’en épargner la peine et me contenter de faire semblant. De toute façon, le chef d’orchestre attentif ne laisserait passer ni l’une ni l’autre de ces fantaisies malséantes, à laquelle donc aucun musicien ne se risquerait.

Parfois nous avons l’impression que personne ne nous surveille et nous nous laissons aller. Par exemple, au restaurant, une tablée laisse échapper quelques noms très connus, et bientôt s’installe autour d’elle un silence attentif. Les propos désagréables sont étonnamment vite rapportés aux personnes visées, et gare alors à ceux qui les ont tenus. Ou encore, les parents tentent d’avoir entre eux un échange que les enfants ne doivent pas intercepter. Ils le sentent aussitôt et leur oreille fine perçoit d’autant mieux ce qui n’est que murmuré.

Or, il est quelqu’un de plus perceptif encore, et qui dispose d’une vue plongeante sur l’étendue de notre terre : c’est le Très-Haut. Ne savez-vous pas qu’il s’intéresse distinctement à chacun de nous, qu’il voit ce qu’il fait et entend ce qu’il dit à chaque instant ? Si vous n’avez guère d’amitié pour le Tout-Puissant, redoutez pourtant de le fâcher. Et si plutôt vous l’aimez comme un Père, craignez donc de lui déplaire.

Ne l’aimons-nous pas, notre Père qui est aux cieux ? Allons-nous lui refuser la musique symphonique de nos vies, chacun jouant sa petite partie dans le grand orchestre composé de tous les disciples unis dans le Fils ? Ne craignez donc pas de n’être pas entendu, n’allez pas chercher à faire du bruit. Jouez seulement la partie que vous souffle l’Esprit selon la grâce qui vous est impartie en notre Seigneur Jésus Christ.

Dans la multitude que nous sommes, tous ne sont pas premiers violons, mais l’ultime instrument du dernier rang n’est pas peu estimé : croyez-vous que le Père ne le voie pas d’un bon œil ? N’a-t-il plutôt pour lui une particulière tendresse ? D’ailleurs, nous ne manquons pas de ténors, de solistes magnifiques : les Apôtres, prophètes et martyrs des premiers temps et leurs successeurs jusqu’à aujourd’hui et dans la suite des temps. Tous ne sont pas appelés ainsi sur le devant de la scène, mais le Père qui voit dans le secret connaît la valeur de chacun, même le plus obscur.

D’ailleurs, que personne ne se tienne lui-même pour important : que le plus élevé garde l’humilité du moineau qui pépie ses trois miettes de chant car elles sont précieuses au cœur du Père, et les anges en sont ravis. C’est Dieu seul qui élève, et sans lui personne ne tombe à terre.

Nous sommes les disciples du Fils de Dieu qui a donné sa vie pour nous sur la croix : que pourrions-nous lui refuser de nous-mêmes s’il nous le demande ? Rappelons-nous qu’il n’appelle personne à subir une épreuve sans lui donner la force de la porter. Répondons généreusement à notre vocation, chacun selon sa part dans l’harmonie de foi et de charité qui nous unit tous. Ne craignons ni de souffrir ni de mourir s’il le faut puisque nous sommes déjà ressuscités avec le Christ.

En lui, Dieu s’est penché sur la fosse où nous étions jetés depuis que le péché est entré dans le monde par la faute d’Adam. Il est descendu au plus profond pour nous prendre dans ses bras, et au dernier jour il nous élèvera jusqu’à lui comme un oisillon qu’on retire de la poussière où il était tombé, comme un nourrisson qu’on porte tout contre sa joue : voilà son œuvre !