Dimanche 29 juin 2008 - Saint Pierre et saint Paul, Apôtres - Baptême d’un petit enfant nommé Paul

Nous voilà au pied du mur

Actes 12,1-11 - Psaume 33,2-9 - 2 Timothée 4,6-8.17-18 - Matthieu 16,13-19
dimanche 29 juin 2008.
 

"Être au pied du mur" : d’où vient l’expression ? Du fait que, n’ayant plus d’échappatoire, on ne peut se dérober ? Ce serait comme "être dos au mur" ? J’imagine plutôt qu’il s’agit de lui faire face. Peut-être d’après l’adage : c’est au pied du mur qu’on voit le maçon. Autrement dit, c’est par ses actes qu’on prouve ses dires.

Mais je pense aussi à ces murs de roche, de neige ou de glace qui se trouvent en montagne, après une marche d’approche souvent longue et pénible. Pourquoi chercher à atteindre ces lieux sauvages qui ne promettent à l’audacieux venu les escalader que souffrance, peur et danger ? Quel feu l’y conduit ?

Jésus aujourd’hui se trouve à Césarée de Philippe : autant dire au fond du monde. Ancien sanctuaire de Pan situé aux sources du Jourdain, ville nouvelle construite par Philippe et dédiée à César, elle symbolise notre pauvre terre tombée au pouvoir du mauvais qui soumet les hommes aux faux dieux et aux puissants de ce siècle. Elle constitue aussi, dans la narration évangélique, le point de départ de la montée du Seigneur à Jérusalem où il doit “être enlevé”, c’est-à-dire passer de ce monde à son Père par le chemin de la croix et de la résurrection.

Le Christ, face à sa Pâque prochaine, est ainsi au pied du mur. Il y met aussi ses disciples en leur posant la question de son identité. La réponse des hommes n’est pas à mépriser : ils pressentent en Jésus un prophète, et non le moindre. Ils vont aussi loin que peut aller l’homme en droite raison. Mais Pierre va bien au-delà, c’est pourquoi le Seigneur lui déclare : Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas - autrement dit l’homme ordinaire de chair et de sang que tu es - car c’est mon Père qui est aux cieux qui t’a révélé cela.

Au pied d’une paroi vertigineuse de basalte noir et lisse, aucune ascendance ne peut aider le grimpeur. Mais il est écrit : « Vois, je t’ai porté comme sur les ailes d’un aigle. » Le Père envoie l’Esprit Saint qui élève l’esprit de l’homme au-dessus de ce qu’il peut atteindre. La vraie confession de foi qui nous est impossible est possible à Dieu pour nous.

Tout baptême est une double mise au pied du mur de la croix et de la foi : nous faisons face à l’incompréhensible Passion du Seigneur et à l’impossible confession du Christ vrai Dieu et vrai homme, sauveur de tous par son sacrifice unique. C’est pourquoi nous prions Dieu de nous accorder ce qui nous dépasse. S’il s’agit d’être porté comme sur les ailes de l’aigle, n’est-ce pas un avantage de se trouver tout petit, comme Paul aujourd’hui ?

Si l’homme refuse de faire le possible, à savoir s’approcher du mystère autant que ses forces et sa raison humaines le lui permettent, il n’offre pas à Dieu la possibilité de faire pour lui l’impossible. Il nous revient d’accomplir la marche d’approche qui nous mène au pied du mur que nous ne saurions gravir.

Même chrétiens de longue date, nous demeurons toujours ces petits qui implorent du Christ la grâce d’une foi qui nous dépasse, et qui l’implorent à plusieurs, c’est pourquoi nous fêtons Pierre et Paul ensemble. Ils sont toujours avec nous, ces guides immenses qui ont conduit leurs frères au pied du mur et prié le maître de les élever jusqu’à lui.

Voyez la première lecture : par ce récit très animé des Actes des Apôtres, nous devons comprendre que Dieu a donné à Pierre de vivre la passion et la résurrection du Seigneur à sa suite : il a envoyé son ange pour arracher son serviteur à la captivité mortelle et, relevé, le serviteur s’est montré vivant aux disciples qui n’en revenaient pas.

De même, dans la deuxième lecture, si Paul manifeste une telle assurance dans l’espérance de sa récompense, ce n’est pas par confiance en lui-même, mais par la foi en la promesse du Seigneur et en sa fidélité.

Non seulement Dieu sauve l’homme par la foi qu’il lui donne, mais il lui donne aussi de suivre son propre Fils sur le chemin de la croix et de la résurrection pour devenir sauveur avec lui de lui-même et de ses frères humains. Ainsi nos actes doivent prouver les dires de notre confession de foi. Telle est la grâce du baptême. Ainsi se construit l’Église à l’aide de pierres vivantes dont Pierre est la première, mais le maçon n’est autre que Dieu lui-même.

Si le Christ Jésus a ardemment désiré en venir à cette montée malgré l’angoisse, la souffrance et l’horreur de la mort, c’était en faveur de Paul que nous accompagnons aujourd’hui dans la foi et l’espérance de l’Église, sûrs que le Seigneur nous accueille dans l’immensité de son amour pour lui et pour tous les hommes.