Dimanche 13 juillet 2008 - Quinzième dimanche A - À Chantemerle, près de Briançon

Devant vous je ne ferai pas semblant d’être expert en agriculture, surtout de montagne !

Isaïe 55,10-11 - Psaume 64,10-13.12b.14 - Romains 8,18-23 - Matthieu 13,1-23
dimanche 13 juillet 2008.
 

Devant vous je ne ferai pas semblant d’être expert en agriculture, surtout de montagne !

Pourtant, comme tout le monde, je ne me lasse pas de m’émerveiller devant ces cultures d’altitude, en particulier celles en terrasses qui supposent une formidable patience, de génération en génération, pour arracher du sol d’innombrables pierres qu’on ne se contente pas d’entasser en clapiers (c’est le nom qu’on donne ici à ces amoncellements) mais qu’on utilise pour édifier les murs de soutènements nécessaires à la tenue de terrains plats s’étageant sur les pentes.

Ce qui fait notre admiration de vacanciers représente une somme incroyable de souffrances et de peines pour les hommes qui s’y employèrent tout au long de leur vie. Je déclarais un jour à l’un d’eux - ce n’était pas ici mais dans les Pyrénées - : Que votre pays est beau ! Vous trouvez répondit-il ? Vous savez, nous on ne le voit plus, on est habitués. Cette réponse simple et honnête trahissait-elle une indifférence de cœur l’égard de sa terre ? Je ne le crois pas, je pense au contraire qu’on ne peut la cultiver ainsi de toutes ses forces sans s’y attacher profondément d’amour.

Nous sommes la terre que Dieu cultive. Pour en arracher les pierres, il se sert d’un instrument qui est comme une épée qu’il y enfonce : sa parole. Inflexible et inaltérable, elle fouille aussi profond que nécessaire : aucun roc, si dur soit-il, ne saurait lui résister. Mais alors, pourquoi sommes-nous encore si mal disposés, si peu capables de porter du fruit en abondance ? C’est que nous avons deux façons de nous dérober au travail de la Parole en nous. L’une est de n’être pas d’accord avec elle, l’autre, d’être d’accord.

Nous disons : Je ne suis pas d’accord. Comme si la Parole pouvait avoir tort ! Au lieu de reconnaître plutôt : Je ne comprends pas, je ne comprends pas encore, Seigneur éclaire-moi. Sans la confiance en notre cœur, la Parole ne peut plus rien pour nous ; refusant la foi, nous rendons le Seigneur incapable de nous faire le bien qu’il nous veut.

Ou bien au contraire nous disons : Je suis d’accord avec tout, bien sûr, tout cela ce sont mes idées. Comme si nous avions cessé d’avoir des pensées qui ne sont pas celles de Dieu, des chemins tellement moins élevés que les siens ! Je crois que les paroles qui nous choquent dans l’évangile d’aujourd’hui visent cette deuxième manière d’annuler la parole de Dieu, comme Jésus dit ailleurs aux Pharisiens. Il faut vraiment écouter sans écouter ces textes pour ne pas en être frappé, comme s’il n’y avait pas de pierres en nous pour que s’y heurte le soc de la parole de Dieu. Allons, qui d’entre nous osera prétendre que plus rien en lui ne s’oppose au Seigneur et qu’il vit tout entier dans l’accomplissement de sa volonté ?

Mais alors, allons-nous baisser la tête et laisser tomber les bras ? Au contraire ! D’abord, mes amis, la Parole n’est pas seulement le glaive qui pénètre jusqu’à la jointure de l’âme, elle est aussi l’eau jaillissant en abondance pour nous désaltérer et pour féconder nos terres, en sorte que Dieu, sans attendre notre purification parfaite, nous donne de porter du fruit, un bon fruit en abondance et qui demeure.

Il y a vingt-cinq ans j’intervenais à La Mûre d’Isère comme “expert” envoyé de Paris pour les Ateliers du CETAD (Centre d’enseignement théologique à distance) - ces Ateliers existent toujours, et aussi dans votre diocèse, demandez au Père Ehrahrt ! J’étais un jeune expert, certes, et bien débutant, quand j’y repense... mais c’est assez là-dessus car il ne faut dire du mal de personne, pas même de soi. En tout cas, plus je me suis employé depuis à écouter la Parole, à l’expliquer et à la commenter, plus j’ai découvert sa profondeur inépuisable et sa force pour nous convoquer inlassablement à la foi et à la sainteté, à l’amour et à la Vie.

Ce qui m’émerveille aujourd’hui, après ces 25 ans de ministère, c’est la patience de Dieu depuis bien plus de 25 siècles : voyez comme il poursuit de génération en génération son œuvre sur notre terre pour en arracher le cœur de pierre et lui faire porter un fruit abondant de justice et de vérité. Voyez aussi ce que cela lui a coûté de souffrances et de peines en la personne de Jésus, le Fils éternel venu en notre chair. Vous croyez qu’on peut poursuivre un pareil labeur sans s’attacher d’amour à ce qu’on cultive ?

Oui, vraiment, Dieu s’est fait expert en humanité pour que toute la création échappe au néant. Voilà l’œuvre de son amour et le motif de notre action de grâce jusqu’au jour de notre délivrance où l’on verra pour quelle moisson le Grain jeté en terre est mort et ressuscité