Dimanche 20 juillet 2008 - Seizième dimanche A

On ne s’approche pas sans précautions d’une crevasse

Sagesse 12,13.16-19- Psaume 85,5-6.9-1015-16a - Romains 8,26-27 - Matthieu 13,24-43
dimanche 20 juillet 2008.
 

On ne s’approche pas sans précautions d’une crevasse. Au fait, pourquoi s’en approcher ? Par pure curiosité. Ou pour le sentiment satisfaisant de dominer le vide ou le danger. Ou encore parce qu’il le faut bien, quand le chemin passe justement par là, ou même pour aller en tirer quelqu’un qui est tombé.

Porter un jugement sur quelqu’un, c’est s’approcher d’un précipice.

Nous le faisons souvent par simple curiosité : nous voyons et nous parlons ; pire : nous ne voyons pas et nous parlons quand même.

Mais un autre “profit” nous porte à critiquer d’abondance, surtout les têtes qui dépassent : plus ou moins consciemment, nous nous sentons supérieurs à ce dont nous parlons avec assurance. Ou bien, sans vouloir nous mettre en valeur en critiquant les autres, nous pouvons goûter néanmoins l’impression rassurante d’échapper aux travers que nous dénonçons.

Faut-il pour autant s’interdire d’exercer jamais son jugement ? Certes non, car nous ne pouvons pas nous dérober devant nos responsabilités si notre devoir est de le faire, en particulier pour aider autrui à se corriger ou à progresser. Mais alors, que ce soit en tremblant, car nous avons tous un juge au-dessus de nous.

Dans la parabole du bon grain et de l’ivraie, tout semble joué d’avance : ce qui est bon se révélera bon et ce qui est mauvais se démasquera comme mauvais. Mais en réalité, Dieu merci, tout n’est pas joué dès maintenant pour les êtres partagés que nous sommes. Le temps qui nous sépare du jour où le Fils de l’homme enverra ses anges jeter l’ivraie au feu nous est donné pour que nous puissions échapper à ce sort final.

Celui qui se prononce abruptement sur les autres de façon définitive se place d’avance au dernier jour en se donnant indûment le rôle du Juge ultime : autant dire que son compte est bon ! Il tombe dans le précipice qu’il voudrait ouvrir sous les pas de son prochain.

Quand il nous revient de juger, frères, ne refusons donc pas cette tâche, mais que ce soit avec toutes les précautions nécessaires à qui doit côtoyer un grand danger.

Les enfants sont inconscients, ils dansent au bord des crevasses étourdiment. N’attendons pas qu’ils soient grands pour leur apprendre à ne pas juger inconsidérément.

N’attendons pas non plus d’être vieux pour comprendre que ce qui nous fait le plus ressembler à Dieu, ce n’est pas de laisser tomber nos sentences de toute notre hauteur dérisoire, mais plutôt de patienter et d’espérer pour qui se trouve en proie au mal maintenant, et bien sûr de faire ce qui est en notre pouvoir pour l’en écarter. N’attendons pas le jugement dernier pour apprendre de Dieu la miséricorde.

À cause de la jalousie du mauvais, toute la bonne création de l’origine avait été gâtée : plus rien n’était sans la marque de l’ennemi. Et c’est de ce danger radical que le Fils de Dieu s’est approché par amour pour nous. Il aurait pu se garder de tomber, lui, mais, il a préféré descendre dans le gouffre de la mort pour nous en tirer. Celui qui n’a pas connu le péché s’est laissé précipiter jusqu’aux profondeurs du mal afin qu’un jour la justice de Dieu fasse disparaître tout mal.

Attention, frères, le Juge est à notre porte ! Il nous parle : écoutons-le avant qu’il soit trop tard. Un grand abîme menace réellement de nous engloutir. Précipitons-nous à l’abri de Celui qui est mort pour les péchés de tous, implorons-le pour nous-mêmes et pour tout autre, voilà la seule précaution qui nous évitera sûrement le pire et, de surcroît, elle nous fait connaître dès maintenant ensemble la joie d’être sauvés.