Dimanche 27 juillet 2008 - Dix-septième dimanche A

Vos enfants ont-ils bon goût ?

1 Rois 3,5.7-12 - Psaume 118,57.72.76-77.127-130 - Romains 8,28-30 - Matthieu 13,44-52
samedi 26 juillet 2008.
 

Vos enfants ont-ils bon goût ? Question doublement délicate. Bien sûr ils ont probablement les traits de leurs parents avec des évolutions dues à leur caractère et à l’air du temps. Ce n’est pas simple d’accepter cette différence dans la ressemblance et cette originalité dans la continuité, ni pour les parents, ni pour les enfants.

Mais, en plus, la question du goût, et précisément du bon goût est des plus difficiles à aborder, semée d’embûches et de pièges pour la sensibilité des uns et des autres. Le petit doigt levé de la nouvelle amie de l’aîné, pour faire distingué, va consterner sa mère, mais que faire ? En tout cas, surtout pas de réaction inconsidérée, car ce qui est en jeu n’est rien moins que l’avenir du fils et de la famille.

C’est pourquoi il importe de ne pas absolutiser un éthos particulier mais de repérer ce qu’il comporte de valeurs universelles heureusement cultivées dans une tradition particulière, par exemple : respect mutuel, discrétion, art du dialogue, simplicité, amour de la vérité, de la beauté et de la justice. Tout ne se vaut pas en la matière.

Pour la parole de Dieu, une question semblable se pose. Nous la recevons dans les Écritures saintes, ce “Testament” à nous adressé par nos Pères dans la foi qui l’ont rédigé sous la motion de l’Esprit Saint. Ce texte immuable, nous devons donc l’écouter dans l’obéissance de la foi et le comprendre en l’interprétant aujourd’hui à la lumière de toute la Tradition, dans le contexte du temps présent.

C’est ainsi que je vous invite à entendre la dernière phrase de l’évangile d’aujourd’hui, ajoutée curieusement comme une réflexion décalée à une suite de paraboles conclue par ce dialogue bref : « Avez-vous compris tout cela ? - Oui. » Le scribe est le spécialiste des Écritures en Israël ; devenu disciple du Royaume des cieux il doit tirer de son trésor du neuf et de l’ancien.

Parmi les innombrables interprétations possibles d’un texte, beaucoup sont tout simplement incompatibles avec sa littéralité et doivent donc de ce fait être écartées. Mais au-delà de cette première décantation, le tri entre ce qui est bon et ce qui ne vaut rien relève du goût de celui qui l’opère. Or, la qualité de ce goût résulte d’une éducation qui n’est autre que celle du peuple de Dieu par l’Esprit Saint grâce à qui il puise constamment sa force et sa lumière à la Parole vivante et efficace.

De même, donc, qu’il y a des critères universels du bon goût bien que cette notion semble essentiellement culturelle et variable, de même peut-on dégager des constantes pour une juste interprétation des Écritures. La première est certainement l’harmonie ecclésiale : la corrélation perceptible entre l’usage actuel de la Bible et la tradition de cet usage, entre les exhortations qui s’en déduisent et leur mise en œuvre dans l’existence chrétienne, entre les conséquences de l’usage scripturaire et l’attachement aux communautés, aux pasteurs, au magistère et à l’Église en général.

La deuxième, qui ressemble à la première, est la profondeur de sagesse humaine qui doit en émaner, en matière de respect mutuel, de discrétion et d’humilité, d’art du dialogue et de simplicité dans l’amour de la vérité, de la beauté et de la justice. Tout cela survenant d’une manière surprenante et paradoxale, sous les aspects du contraire dans un jaillissement dépassant la mesure de ce qu’on pouvait espérer à vues humaines, autrement dit s’élevant à la perfection dans la forme du Christ mort et ressuscité.

Tous les parents espèrent pour leurs enfants une réussite qui dépasse la leur, notamment par la chance de pouvoir échapper aux erreurs et aux malheurs qui ont marqué leur propre existence. En même temps, ils souhaitent profondément que ce progrès ne soit pas une rupture mais un accomplissement dans lequel ils puissent se retrouver eux-mêmes : que leurs enfants réalisent des potentialités qui se trouvaient en eux et qu’ils leur ont transmises, que l’être nouveau et original de leur progéniture révèle aussi le déploiement de leur propre être purifié et transfiguré.

C’est cela même qui s’accomplit dans le corps du Christ qui est l’Église, dans le déploiement historique de ce peuple de Dieu nourri du Verbe éternel, en sorte qu’il constitue une unique famille où tous puissent se reconnaître comme les enfants du même Père qui est aux cieux, depuis Abraham notre père dans la foi, depuis Adam que Dieu créa à son image.

C’est ainsi que se réalise la nouveauté absolue du Fils de Dieu en sa jeunesse immortelle manifestée dans la résurrection du Christ, merveilleusement semblable à l’antiquité principielle du Père dont il est l’Icône éternelle. En lui, purifiés de nos péchés par la grâce du sacrifice pascal, enfants de Dieu nous serons rassemblés dans l’unité divine, et par lui dès maintenant il nous est donné part au bon goût de Dieu qui a nom Esprit Saint et Amour.