Dimanche 3 août 2008 - Dix-huitième dimanche A - Anniversaire du baptême de Côme Cousin

“Yel Kayé” : c’est bon, ça va, tout ira bien

Isaïe 55,1-3 - Psaume 144,8-9.15-18 - Romains 8,35.37—39 - Matthieu 14,13-21
dimanche 3 août 2008.
 

“Yel Kayé” : c’est bon, ça va, tout ira bien. Dans mon pays on emploie cette expression souvent, même si on a de gros problèmes. Ainsi s’exprimait le prêtre burkinabé qui officiait mardi dernier à la cathédrale de Chambéry.

Je me demande quand même si les bébés du Burkina Faso manifestent dès leur naissance la même philosophie de la vie ou s’ils sont comme les nôtres, criant leur angoisse quand ils ont faim, et se précipitant sur le lait qui vient enfin comme s’il risquait de manquer à tout instant.

Alors, Côme, combien de tétées depuis ton baptême ? Plus de mille, sûrement. Et tu n’es toujours pas blasé ? Tu vis merveilleusement la parole d’Isaïe : « Venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer »... Enfin pour le vin tu attendras. D’ailleurs, tu ne perds rien pour attendre : tes grands parents sauront bien te faire goûter le fruit de leur art !

Comme beaucoup de bébés, tu n’as connu que l’abondance. Ton père et ta mère ne t’ont jamais laissé manquer de rien. Cette situation devrait inspirer progressivement au tout-petit une confiance totale. Or, ce n’est pas forcément le cas. Parfois les adultes connaissent encore, s’agissant des repas, l’angoisse avant et la précipitation après, comme si la nourriture devait rester toujours rare et incertaine. Pour certains il en est ainsi toute la vie.

Avant la naissance, dans le ventre de sa mère, le bébé est nourri en permanence, il ne s’en rend même pas compte. Mais après, il entre dans un régime nouveau : le cycle de la faim, du repas et de la satiété. Ainsi se réalise très concrètement pour nous que la vie ne cesse de se gagner. La naissance manifeste le caractère de surgissement de l’être, comme une création nouvelle. La croissance est inséparable de la naissance comme caractéristique de la vie qui veut vivre toujours plus. La nécessité de se nourrir s’accorde au mouvement de la croissance, mais elle rappelle aussi tous les jours la naissance, car à chaque fois que nous mangeons c’est comme s’il nous était donné à nouveau de vivre.

À ces trois aspects fondamentaux du vivant correspondent les trois sacrements du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie. Mais avant d’être des sacrements, ces réalités naturelles relèvent déjà de Dieu depuis la création à l’origine. C’est Dieu qui donne l’être et la croissance, et c’est lui qui pourvoit, par la continuation de son mouvement créateur, à la vie de ses créatures tout au long de leur existence.

Pourquoi, alors, des hommes partout dans le monde et des peuples entiers souffrent-ils de la faim ? Des maux qui nous frappent, l’auteur est l’ennemi que Jésus a vaincu sur la croix. Nous ne pouvons croire à la rédemption sans croire à la création, bonne à l’origine parce que façonnée par l’amour du bon Dieu. Jésus multiplie les pains pour les foules devant lesquelles il est saisi de pitié afin de nous rappeler l’amour indéfectible du Père et d’annoncer le sacrement du salut.

L’eucharistie est un repas dont la valeur énergétique s’avère négligeable sur la balance du nutritionniste. Mais le signe est là que l’amour de Dieu ne saurait abandonner ses enfants à la mort. C’est ce que dit saint Paul : « J’en ai la certitude : rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. »

L’Apôtre sait ce dont il parle. Il a connu comme aucun d’entre nous sans doute la détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger et le supplice. Sa confiance est d’autant plus impressionnante, mais peut-être aussi d’autant plus explicable. Dans l’abondance de ses épreuves, il a demandé la surabondance des consolations et du réconfort, et il a été exaucé. Dieu veut donner largement, mais nous demandons petitement.

Comparer l’angoisse de nos sociétés d’abondance à la sérénité de peuples qui vivent dans la pauvreté est devenu un lieu commun. Il ne s’agit pas de faire l’apologie de la disette, mais ne pourrions-nous essayer d’apprendre la confiance, nous qui portons le nom de chrétiens, nous qui avons été baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, pour en offrir le témoignage à nos contemporains ?

Alors, Yel kayé, mes frères. Le Verbe s’est fait chair et il demeure au milieu de nous jusqu’à la fin du monde.