Dimanche 17 août 2008 - Vingtième dimanche A

Voulez-vous apprendre l’obéissance ?

Isaïe 56,1.6-7 - Psaume 66,2-3.5.7-8 - Romains 11,13-15.29-32 - Matthieu 15,21-28
dimanche 17 août 2008.
 

Voulez-vous apprendre l’obéissance ? Comment donner un ton engageant et gracieux à une telle proposition ?

« Je vais vous apprendre à obéir ! » ne présage rien de plaisant. Le plus fort s’exprime ainsi pour annoncer sanctions et punitions qui contraindront les sujets de ses menaces à la soumission inconditionnelle. Cette brutalité est terriblement habituelle aux hommes dans leurs rapports privés ou politiques, comme on le voit hélas actuellement en Géorgie en particulier.

Pourquoi donc Dieu n’agit-il pas ainsi avec l’humanité qui s’est rebellée contre lui ? Ne dispose-t-il pas de toute la puissance nécessaire, ne pourrait-il envoyer mille légions d’anges exterminateurs pour détruire et désoler la terre jusqu’à ce que les survivants s’inclinent définitivement ? Mais le Très-Haut ne veut pas d’esclaves, il désire rassembler des fils.

L’obéissance des esclaves ne mérite pas ce nom : résignés et tremblants ils s’exécutent malgré eux tandis que le maître les méprise : « Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent. » Seuls les fils obéissent vraiment : ils écoutent la voix du père qui ne cesse de les conduire sur le chemin de la vie.

Dans un raccourci vertigineux, saint Paul résume l’histoire universelle de notre salut : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde. » Cette formule obscure à force de concision rassemble les deux moments de l’action divine : celui de la Première Alliance et celui de l’Alliance Nouvelle. Israël, au terme des temps, a éprouvé le fruit amer de la désobéissance qui trouve son comble dans le pharisaïsme, cette soumission hypocrite d’esclave orgueilleux illustrée par bien des personnages de paraboles évangéliques, tel celui de l’aîné du fils prodigue.

Pourtant, les patriarches et les prophètes avaient merveilleusement goûté à la bienheureuse obéissance des fils de Dieu : Abraham et Moïse, notamment, ces hommes qui tombèrent face contre terre devant le Seigneur ; et lui leur parla face à face comme un ami à son ami, et il leur accorda tout ce qu’ils demandèrent. Car Dieu élève les humbles, il relève le pauvre de la cendre pour l’établir parmi les princes de son peuple.

Rappelez-vous l’évangile de dimanche dernier : Pierre a dû éprouver sa faiblesse pour entrer véritablement dans la foi. Celui qui a marché sur les eaux vers son Seigneur, ébranlé par la peur, s’est entendu dire : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et c’est lui que le Christ établit pasteur de son troupeau. Pour qui se prend-il donc, celui dont la foi s’affirme avec hauteur ? Serait-il plus grand que le prince des Apôtres ? Va-t-il se vanter en méprisant les autres, parler avec assurance en lui-même et condamner hardiment la masse de ceux qu’il tient pour un vain peuple ? La foi qui s’y croit n’est pas la foi.

Pourtant, la foi nous inspire une assurance incroyable. Voyez la Cananéenne d’aujourd’hui, comme elle ose en appeler au fils de David avec une résolution invincible. Elle aussi est tombée face contre terre devant le Maître. Sa parole manifeste une humilité inouïe, reconnaissant le mystère de l’élection d’Israël et sa propre indignité, quémandant néanmoins les miettes du don de Dieu, c’est pourquoi elle a été exaucée. Bien plus, Jésus lui déclare : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse comme tu le veux ! »

Autrement dit, elle réalise le type même du disciple, qui suit et imite parfaitement le Fils de Dieu. Voyez Jésus lui-même dans cet épisode. Tout à fait soumis à son Père, il ne veut pas aller au-delà du mandat qu’il a reçu : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël », affirme-t-il. Pourtant, dans la foi et l’insistance de la femme il discerne ce qui ne relève pas de la chair et du sang mais de son Père qui est aux cieux, un mandat nouveau élargi à toutes les nations. C’est pourquoi il félicite la femme et lui obéit comme à Dieu lui-même : « Que tout se fasse comme tu le veux ! »

Tel est le mystère du Fils de Dieu prenant notre condition en toute chose excepté le péché, lui qui « apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ». En effet, le prix de l’élargissement de la grâce d’Israël à toutes les nations, c’est la croix du Messie.

Voulez-vous entrer dans le mystère de l’obéissance de l’Amour à l’Amour qui n’est autre que le mystère de Dieu lui-même ? Suivez le Christ qui marche vers sa Pâque pour apprendre l’obéissance et vous connaîtrez l’Amour.