Dimanche 7 septembre 2008 - Vingt-troisième dimanche A

L’homme ne se donne-t-il pas trop d’importance ?

Ézékiel 33,7-9 - Psaume 94,1-2.6-9 - Romains 13,8-10 - Matthieu 18,15-20
dimanche 7 septembre 2008.
 

L’homme ne se donne-t-il pas trop d’importance, par rapport aux animaux, à la nature en général en son immense histoire d’écosystème universel, ou encore aux extraterrestres éventuels, on ne sait jamais...

« On ne sait jamais » : qu’elle est commode, cette expression, pour nourrir des espoirs invraisemblables ou pour évoquer des menaces improbables et justifier ainsi les mesures qu’on prend pour les prévoir ! Parfois, au contraire, on serait bien avisé de se rappeler « qu’on ne sait jamais » plutôt que de s’appuyer sur des certitudes hâtives pour se dispenser d’agir. Tout est question de proportion entre les efforts consentis et l’espérance de gain.

Ainsi, comment réagissons-nous lorsque nous découvrons une faute grave chez autrui ? Nous en profitons pour penser et dire du mal de lui ? Et si nous cherchions plutôt le moyen de lui venir en aide, en l’appelant de quelque manière à la conversion ? Sans doute, le chemin d’un tel projet est semé de risques et son succès est loin d’être assuré d’avance. Mais, on ne sait jamais : et s’il venait à réussir ? Alors, dit le Seigneur, « Tu auras gagné ton frère. » Cette espérance ne vaut-elle pas de mobiliser toutes ses forces ?

Plus généralement, que se passe-t-il le plus souvent lorsque surgit un différend entre deux personnes ? Si la solution ne vient pas vite et aisément, chacun s’emploie bientôt à dénigrer l’autre pour disqualifier sa position et se justifier lui-même. Les propos insultants, les surnoms offensants, les allégations gratuites se multiplient dans son dos, on en rajoute à l’envi d’autant plus facilement qu’on se flatte de ne plus avoir commerce avec l’adversaire dorénavant. Et si l’on choisissait plutôt de favoriser l’éventualité de pouvoir relancer la relation un jour, au moins dans une certaine mesure ? C’est le cas de penser qu’on ne sait jamais, que nous risquons d’avoir besoin l’un de l’autre dans un futur plus ou moins proche, que même pourrait se produire quelque événement qui nous rapproche et nous permette une réconciliation.

À défaut de savoir habituellement « aller parler à l’autre seul à seul », commençons déjà par choisir de préserver les chances de l’avenir, voire de les augmenter plutôt que de les gâcher. N’écoutons pas notre colère ou notre dépit, et si l’on en vient au conflit ouvert, ayons en permanence le souci d’éviter les paroles et les actes qui enveniment les choses ou les rendent irréparables. Au moins, décidons de renoncer définitivement à la politique du pire qui procure un défoulement passager mais ruine durablement les perspectives de rapprochement.

Voyez comment saint Paul rapproche le thème de la loi et celui de l’amour. On déduit hâtivement du passage que nous avons entendu un « Aime et fais ce que veux » attribué à saint Augustin, mais mal traduit et surtout mal compris. En réalité, le soin de s’abstenir de nuire à autrui est comme les gammes du pianiste. La musique, c’est l’amour qui s’exprime par les actes. Il faut s’appliquer à trouver les chemins de l’entente mutuelle avec la même attention minutieuse de tous les instants que celle du scrupuleux qui veut éviter toute transgression. La charité active et inventive doit déployer des efforts incessants pour éviter de perdre le frère, et même pour favoriser l’espoir de le gagner.

Considérer chacun, même le plus lointain ou le plus insignifiant à vues humaines, comme important, s’appliquer à le traiter de manière à diminuer l’inimitié avec lui ou à renforcer l’amitié qui nous lie, c’est rendre hommage à la grandeur de Dieu mieux que par toute espèce de discours ou de pratique où l’homme se gonfle lui-même sans y gagner souvent plus que le mépris des autres. La grandeur de Dieu, en effet, c’est l’Amour qu’il est en lui-même, et qui se manifeste de façon privilégiée auprès du plus petit, au sein des petits nombres - deux ou trois, parfois - et dans les petites attentions qui passent inaperçues de la foule mais touchent et guérissent le cœur brisé.

Là se trouve le signe manifeste que Dieu a créé pour l’homme, par amour pour lui, le cosmos immense et magnifique : cette petite créature nue et fugitive comme la fleur des champs, distinguée parmi les animaux par le don de la raison mais aussi par la défiguration du péché, Dieu lui a donné tant d’importance qu’il a envoyé son Fils pour nous sauver et faire de nous ses propres enfants. Ainsi, nous sommes destinés à nous retrouver tous ensemble devant lui un jour, y compris ceux qui se seront détestés cordialement en ce monde. Pensons-y dès maintenant, c’est important !