Dimanche 28 septembre 2008 - Vingt-sixième dimanche A - Entrée en catéchuménat d’Alexandre et de Laurence

Escrime : J’esquive, je pare, j’attaque et je touche

Ézéchiel 18,25-28 - Psaume 24,4-9 - Philippiens 2,1-11 - Matthieu 21,28-32
dimanche 28 septembre 2008.
 

J’esquive, je pare, j’attaque et je touche.

Tout l’art de l’escrime est déployé par Jésus dans ses controverses avec les chefs des prêtres et les anciens. Le contexte de notre passage est une offensive de ses adversaires qui le questionnent : « Par quelle autorité agis-tu, qui te l’as donnée ? » S’il répond : « Dieu », ils l’accuseront de blasphème, sinon, ils le convaincront d’usurpation de pouvoir. Pour échapper au piège, Jésus réplique : « Répondez-moi d’abord, je répondrai ensuite. Le baptême de Jean, de qui venait-il, de Dieu ou des hommes ? » Voilà l’esquive. Quant à la parade, elle résulte du fait que les adversaires sont pris au piège, comme ils l’explicitent eux-mêmes dans le texte : « Si nous disons : “de Dieu”, il nous demandera pourquoi nous n’y avons pas cru, et si nous disons “des hommes”, craignons la foule, puisqu’elle tient Jean pour un prophète. »

Mais Jésus ne se contente pas d’esquiver et de parer, il contre-attaque. La question sur les deux fils, apparemment anodine, démasque la contradiction des chefs qui voient l’action de Dieu et refusent de l’admettre. L’estocade sera portée avec la parabole de dimanche prochain, celle des vignerons homicides : Jésus aura touché si juste que ses adversaires se reconnaîtront d’avance dans la figure de ceux qui décident de « tuer le fils », ce qui prouve à l’évidence le caractère prophétique de la parole du Christ au moment même où ses adversaires s’enferment dans le déni et la révolte.

Jésus s’abaisse : il “condescend” à ferrailler ainsi avec nous, dans une réelle situation de faiblesse et de vulnérabilité. Pourtant, ce n’est pas pour se défendre lui-même, mais pour notre bien qu’il agit ainsi. Sa visée n’est pas la défaite des chefs du peuple, mais leur conversion, celle à laquelle les appelait déjà le prophète Ézéchiel. La conversion, nous l’avons entendu, consiste à croire à la Parole de manière à se repentir des œuvres de l’orgueil, de la haine et de l’égoïsme pour s’établir dans l’amour fraternel que décrit l’Apôtre Paul et travailler ainsi pour de bon à la sainte vigne du Père. Tel est l’enjeu pour nous de la Parole entendue aujourd’hui. Allons-nous nous laisser atteindre par elle et nous convertir ?

Vais-je accepter, par exemple de changer de regard sur ce qui m’arrive afin d’y discerner l’action du Fils de Dieu qui condescend par miséricorde à ferrailler avec moi en vue de ma conversion ? Au lieu de me plaindre des déceptions, des contrariétés, des contradictions et des remords que j’éprouve, vais-je accepter d’y reconnaître ses esquives, ses parades, ses contre-attaques et ses estocades ? Vais-je me laisser atteindre par le glaive de la Parole au cœur de ma vie de manière à changer mes vieilles dispositions opiniâtres en « celles que l’on doit avoir dans le Christ Jésus » ?

“Escrime” vient d’un vieux mot francique qui signifie “protéger”. L’évolution du sens est facile à comprendre : les hommes prétendent toujours qu’ils ne se battent que pour se défendre. Ce n’est peut-être pas si faux, d’ailleurs. Par exemple, les gens qui attaquent Dieu ne se débattent-ils pas ainsi avec leurs propres difficultés spirituelles ? Mais Dieu, en revanche, ne nous attaque que pour nous protéger contre le mauvais. Ce n’est pas contre nous que le Christ ferraille avec nous, mais pour nous. Ce n’est pas pour notre perte qu’il est venu, mais pour notre salut. Il s’est laissé conduire à la mort, mais la défaite de sa vie sur la croix est sa victoire en notre faveur. Par ses blessures nous sommes guéris, et si nous laissons sa parole nous blesser d’amour ce sera pour notre rédemption et notre joie.

Alexandre, Laurence, voulez-vous désormais entendre en toutes vos déceptions, contrariétés, contradictions et contritions une parole de Dieu qui vous invite à la conversion ? Cela changera votre vie en vie éternelle.