Dimanche 5 octobre 2008 - Vingt-septième dimanche A

Beau résultat !

Isaïe 5,1-7 - Psaume 79,9-10.13-16a.19-20 - Philippiens 4,6-9 - Matthieu 21,33-43
dimanche 5 octobre 2008.
 

"Beau résultat !" : Exclamation ironique quand les effets d’une action pleine d’ambition s’avèrent nuls ou négatifs.

Exemple : « Jésus annonçait le Royaume et c’est l’Église qui est venue. » Cette phrase fameuse d’un exégète rationaliste du XIXe siècle voulait faire droit d’une part à Jésus, aimable utopiste, et d’autre part à l’Église, institution respectable mais par trop humaine. En réalité, ce jugement faisait du Christ un imposteur et de l’Église une usurpatrice. Beau résultat !

Ou encore, cette interprétation, hélas fort répandue, de notre parabole : les Juifs ont rejeté Jésus le Fils de Dieu, donc ils ont été réprouvés et remplacés par l’Église dans le rôle de peuple élu. Cette théorie de la substitution fait de Dieu un potentat qui change de favorite, vouant la première à une jalousie mortelle et inextinguible et la seconde à une arrogance méchante et méprisante. Beau résultat !

La conclusion de la parabole, énoncée par les interlocuteurs de Jésus, est que le maître fera périr les vignerons homicides et confiera la vigne à d’autres vignerons. Mais à la fin du passage, Jésus énonce : « Le Royaume vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. » Le “peuple” sera donc substitué aux vignerons qui sont identifiés aux chefs des prêtres et aux anciens, mais “la vigne” est devenue “le Royaume” ! Quelle est la clef de cette énigme ?

La clef n’est pas cachée : il s’agit du Fils mis à mort, la pierre rejetée des bâtisseurs devenue la pierre angulaire, autrement dit le Christ crucifié et ressuscité. C’est lui qui est en personne le Royaume ; d’ailleurs il affirme : « Je suis la Vigne. » À qui est-il confié, sinon au “peuple sacerdotal” de ceux qui croient en lui et ainsi, par la foi, lui font produire son fruit de pardon, de réconciliation et de sanctification ?

Tel est en effet, le “fruit de justice” du sacrifice du Fils donné pour que le monde soit sauvé. Il est le Verbe éternel qui s’est fait chair, afin que nous écoutions la Parole et la mettions en pratique. Par exemple, ce que nous avons entendu de saint Paul : « Frères, ne soyez inquiets de rien mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce, priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. » Comment ne pas être inquiet quand on a des inquiétudes, comme bien sûr nous en avons, vous et moi ? Suivons l’Apôtre.

Commençons par nous mettre “dans l’action de grâce” en considérant tout ce qui va bien et que nous oublions pour ne penser qu’à ce qui nous préoccupe. Ensuite, efforçons-nous de formuler précisément ce que nous demandons à Dieu en cette circonstance, non sans supplications instantes si nous sommes dans une grande angoisse. Ne serons-nous pas alors exaucés ? Certainement le Seigneur nous affermira dans la charité et l’espérance de l’Église. Nous l’entendrons nous dire avec amour : « Sois sans crainte, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume. »

Cette parole nous établira dans la paix que le Christ donne jusqu’au milieu des épreuves, et ce fruit de la Rédemption sera vraiment pour nous un beau résultat.