Dimanche 12 octobre 2008 - Vingt-huitième dimanche - Baptême de deux petits enfants : Héloïse Kloetzer et Dessmen Mariyadelans

Qu’y a-t-il au menu ?

Isaïe 25,6-9 - Psaume 22,1-6 - Philippiens 4,12-14.19-20 - Matthieu 22,1-14
dimanche 12 octobre 2008.
 

Qu’y a-t-il au menu ? Au menu des fêtes, il y a souvent des salades. On met dans un grand bol diverses choses qui se mangent, on sale le tout et ça fait une salade. C’est l’origine du mot. Maintenant, le résultat peut être plus ou moins convaincant.

Il n’y a pas de salades au festin du roi, semble-t-il, mais des bœufs et des bêtes grasses : que du lourd. Lourds aussi sont ces invités qui brutalisent et abattent les messagers du roi, comme ce roi qui en retour massacre les coupables et brûle leur ville. Pendant ce temps, les bêtes abattues attendent ! Enfin, alors que l’affaire semblait se terminer plutôt bien, voilà qu’on jette un malheureux dans les ténèbres extérieures. Décidément cette histoire de fête est à pleurer et à grincer des dents.

Ce n’est pas tout. Non seulement les deux parties du texte s’associent mal au point qu’on peut se demander s’il ne s’agissait pas de deux paraboles distinctes à l’origine, mais encore la sentence finale, « La multitude des hommes est appelée mais les élus sont peu nombreux », qui est comme le sel destiné à rassembler les ingrédients, colle aussi peu à l’une qu’à l’autre. En effet, dans la première, les pauvres de partout sont certainement plus nombreux que les riches notables invités d’abord et, dans la seconde, beaucoup sont installés mais un seul est mis dehors.

Que pourrons-nous donc comprendre à tout cela ? D’abord qu’il s’agit d’événements historiques précis, graves et dramatiques, dont les rapports de cause à effet n’apparaissent pas évidents. Dieu avait choisi un peuple pour l’aimer et l’établir dans la justice, la paix et le bonheur. Mais ce peuple s’est réduit à un petit groupe de soi-disant justes plastronnant au milieu des brebis perdues qu’ils méprisaient, jusqu’au jour où, en effet, ils furent massacrés dans leur ville prise et brûlée. Ce malheur est arrivé en l’an 70 à Jérusalem. Il s’y était déjà produit en 485 avant Jésus Christ.

Entre les deux se situe un autre événement tragique, moins massif et moins aperçu des chroniqueurs officiels du temps, certes, mais non moins important : un homme a été arrêté, interrogé par des juges devant qui il a gardé le silence, dépouillé de ses beaux vêtements, attaché par les mains et les pieds et jeté dehors au milieu des lamentations.

Vous avez compris, je pense, de qui je veux parler ? Il s’agit bien sûr de Jésus arrêté et condamné à être crucifié hors de la ville. Mais vous avez peut-être aussi remarqué à quel point son sort ressemble à celui de l’homme trouvé sans vêtement de noces à la fin de notre parabole. Ce dernier était coupable, sans doute, d’ailleurs son silence l’accuse. Aucun de ceux qu’on avait ramassés aux croisées des chemins n’aurait eu le temps de s’habiller de fête ; encore eût-il fallu d’ailleurs qu’ils possèdent de quoi le faire. On leur avait donc donné ce dont l’homme en faute se trouve dépourvu à la fin. L’a-t-il refusé, ce vêtement de noces, s’en est-il débarrassé ? Nous l’ignorons. Mais ce qui est sûr, c’est que Jésus a pris la place du mauvais pour qu’il soit pardonné, le Christ a subi le sort que le coupable méritait pour l’en délivrer.

Maintenant s’explique parfaitement la parole finale, le sel de notre histoire : « La multitude est appelée mais les élus sont peu nombreux. » Ils sont si peu nombreux, les élus, qu’ils ne sont qu’un ! Jésus est en effet celui que la voix du Père au baptême désigne comme l’élu, son Fils bien-aimé, celui en qui il a mis toute sa complaisance. Si Jésus a reçu le baptême de Jean, s’il a subi celui de la mort sur la croix, c’est pour la rédemption de tous. Ce que le sacrifice de millier de taureaux et de bêtes grasses n’avait pu réaliser au long des siècles de la première Alliance, le don du Fils s’offrant comme un agneau l’a obtenu : il s’est livré lui-même pour que chacun de nous soit, en lui, accueilli par Dieu comme l’élu et le bien-aimé. Le sel de l’histoire, ce qui en fait l’unité et le sens, c’est l’amour de Jésus Christ vainqueur du mal et de la mort en notre faveur.

Voilà pourquoi dans un instant je dirai à ces enfants : vous êtes une création nouvelle, vous avez revêtu le Christ. Notre vêtement de noces, c’est lui, et il n’y en a pas d’autre qui puisse nous donner place pour l’éternité au festin des noces de l’Agneau. Ces noces du Christ et de l’Église seront consommées au dernier jour entrevu par le prophète Isaïe. Mais elles sont anticipées dans chaque Eucharistie, c’est pourquoi l’on dit : « Heureux les invités aux noces de l’Agneau. »

Et qu’y a-t-il au menu de ce repas et de ce sacrifice auquel ont part ceux qui ont revêtu le Christ par le baptême dans sa mort ? l’Agneau lui-même qui se donne ici en nourriture de vie éternelle pour que nous vivions en ressuscités.