Dimanche 19 octobre 2008 - Vingt-neuvième dimanche A - Anniversaire de la Dédicace de l’église

« Qu’est-ce qu’il est bon ! » Les bons, ça n’ose pas tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît

2 Chroniques 5,6-8.10.13—6,2 - Psaume 95,1.3-5.7-10 - 1Thessaloniciens 1,1-5b - Matthieu 22,15-21
dimanche 19 octobre 2008.
 

Les hommes politiques doivent constamment répondre à des questions pièges. L’idéal pour eux consiste à contenter leurs partisans sans renforcer leurs adversaires. Certains sont particulièrement forts dans cet exercice. Les foules n’y voient que du feu, mais les spécialistes ne s’y trompent pas et murmurent : « Qu’est-ce qu’il est bon ! »

Par exemple, quand Soljenitsyne réussit à faire passer et éditer en Occident le manuscrit de l’Archipel du Goulag, ce livre qui dénonçait les atrocités du système concentrationnaire soviétique, un leader de la gauche d’alors, sollicité par les journalistes, avait fait ce commentaire : si ce texte, par son contenu, nuit à l’URSS, du fait qu’il ait pu être publié il témoigne encore plus en sa faveur. Ce n’est pas très clair, n’est-ce pas ? Mais l’obscurité du propos fait justement partie de son extrême habileté. Dans le doute, chacun y voyait plus ou moins ce qu’il voulait : l’adversaire du communisme une critique du système, et son partisan un éloge du grand frère de l’Est. Seul problème, le sous-entendu que les autorités soviétiques auraient volontairement laissé sortir le texte était un mensonge flagrant, bien que sournois. Mais à l’époque cela n’empêchait pas les connaisseurs d’admirer l’artiste.

« Qu’est-ce qu’il est bon ! » pensent aussi de Jésus les pharisiens venus l’interroger. En effet, l’évangile dit juste après notre passage : « En entendant cela, ils furent tout étonnés » Eux et les partisans d’Hérode qui les accompagnent sont des connaisseurs en matière de communication politique, ils ont compris mieux que la foule l’habileté de la réponse de Jésus à leur question piège. Lui aussi réussit à s’exprimer de telle manière que les gens ne sont pas bien sûrs de ce qu’il veut dire et que, dans le doute, ils y voient un peu ce qui leur chante. D’ailleurs, cela continue depuis 2000 ans : « Rendez à César... » est cité à tort et à travers pour dire tout et son contraire. Voilà qui est fort de la part du Christ, d’autant plus que lui ne recourt à aucun mensonge. Bien entendu, ce n’est pas un détail, notamment pour les pharisiens, ces hommes experts en vertu qui pouvaient s’étonner par-dessus tout de la sainteté parfaite manifestée par Jésus.

Oui, Jésus est vraiment “bon”, d’une manière qui a stupéfié ses contemporains et qu’il nous faut encore reconnaître aujourd’hui. Il s’est montré aussi habile et prudent que juste et innocent. Devant ce piège, il ne s’est pas précipité tête baissée comme un homme sûr de lui mais irresponsable et inconséquent, un de ces hommes qui « osent tout » d’une manière qui ne fait aucun bien. Les bons, ça n’ose pas tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Mes amis, comme nous aurions aimé voir Jésus à l’œuvre, pouvoir le suivre sur ses chemins de Judée et de Galilée pour admirer ses paroles et ses actes en toute circonstance, auprès des pauvres et des malades aussi bien que face à ses ennemis ! Nous n’avons plus que les évangiles à lire et à relire pour en goûter les trésors inépuisables.

Mais, que dis-je ? N’y a-t-il personne à voir aujourd’hui qui soit comme lui ? L’Esprit Saint qui demeurait sur l’Agneau n’a-t-il pas été répandu sur les croyants ? N’inspire-t-il pas les responsables d’Église maintenant encore, aussi bien dans leur ministère auprès des pauvres et des humbles que dans leurs confrontations avec les puissants de ce monde ? Ne donne-t-il pas à tous les fidèles intelligence, force et discernement pour exercer la charité envers tous les hommes ?

Mes amis, si nous acceptons la place que Dieu nous donne dans la communauté de foi, d’espérance et d’amour que nous formons, si nous consentons de tout notre cœur avec humilité et action de grâce à ce que nous sommes dans et pour le corps, chacun de nous reçoit la grâce de l’Eprit autant qu’il lui faut pour que l’Église tout entière manifeste les merveilles de Dieu aux yeux du monde.

« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu » : “rendre” signifie ici reconnaître le donateur dans le don. Nous avons reçu le Christ : ce serait folie pour nous de vouloir l’accaparer au lieu de l’offrir comme la sainte Mère de Dieu dans l’action de grâces. Chantons donc la louange de l’Église qui accepte de devenir ce « peuple prêtre » s’offrant lui-même quand il offre le Christ à son Père, afin que par la puissance de l’Esprit Saint la Vie soit donnée à tous les hommes. Voilà le sens de la Dédicace, de la consécration de notre église paroissiale, et de notre fête fraternelle.

Que notre cœur exulte donc et chante avec la Vierge Marie à la suite des Psalmistes : « Oui il est bon pour des frères d’être unis, goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! »