Dimanche 26 octobre 2008 - Trentième dimanche A

Tu graviras la montagne que voilà

Exode 22,20-26 - Psaume 17,2-4.20.47.51 - 1 Thessaloniciens 1,5c-10 - Matthieu 22,34-40
dimanche 26 octobre 2008.
 

Tu graviras la montagne que voilà. Tu iras par la voie que voici.

Une ascension se définit par son but et son chemin : le sommet à atteindre et l’itinéraire à emprunter. En fait, une voie donnée conduit nécessairement à un sommet donné. Réciproquement, certains sommets ne sont accessibles que par une seule voie, et encore, des plus périlleuses. Dans ce cas, les deux éléments de la définition sont semblables. Il en va ainsi pour nos deux commandements d’aujourd’hui.

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » : qui d’entre nous oserait prétendre satisfaire à cette parole ? Seul un enfant, et encore un inconscient, s’y risquerait ! Cet amour total de Dieu semble bien un sommet inaccessible à l’homme. À l’inverse, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » sonne étrangement ordinaire. Qui de nous ne l’a pas fait, au moins quand il était tout petit contre le sein de sa mère. Le nourrisson, nous le savons, ne se distingue pas lui-même de cet autre qui lui est tout, et c’est d’ailleurs un problème : il faudra bien opérer la séparation, par la loi du père. Mais ce n’est pas notre sujet.

Aimer son prochain comme soi-même est un objectif habituel et récurrent. On apprend aux frères bien élevés, et aux soldats aussi, une telle solidarité. Les alliés et les amis connaissent ce régime où les biens et la personne de l’un sont mis au service des intérêts de l’autre comme des siens propres. Il est bon et nécessaire que chacun s’ouvre ainsi à autrui pour sortir de lui-même, c’est d’ailleurs notre pente naturelle à laquelle s’opposent seulement l’égoïsme, la peur, la jalousie, l’orgueil, toutes choses qui viennent du Mauvais. Mais ce bon mouvement court toujours le risque de s’arrêter sur une catastrophe. En montagne également, s’il faut respecter les étapes, on doit en revanche éviter de figer la course en plein mouvement : le risque est grand, alors, de dévisser ou de s’effondrer. Ainsi, lorsque l’ouverture de soi à l’autre se bloque à un certain stade, on n’obtient rien de mieux qu’un égoïsme de plus haut degré. C’est pourquoi l’amour conjugal s’ouvre normalement sur la procréation, l’amour familial sur l’accueil des autres, la solidarité de clan sur la constitution d’ethnies et de nations. Mais plus le blocage se produit à un niveau avancé, pire est le résultat négatif : nous savons à quels abîmes d’horreur peut conduire le nationalisme exacerbé.

C’est pourquoi le commandement d’aimer son prochain comme soi-même est un programme, une méthode, qui indique un chemin sur lequel il ne faut jamais s’arrêter. Jamais ? Non, car au-delà de tous les degrés successifs de l’élargissement de l’amour du prochain jusqu’à l’humanité entière, il y a Dieu lui-même en qui il n’est pas d’arrêt, car pas de limites. Ainsi les deux commandements sont semblables comme le sommet et la voie pour définir l’ascension qui nous est proposée. Plus même : car si je n’ai pas besoin d’avoir déjà connu le sommet pour marcher vers lui sur la voie, en revanche je ne saurais apprendre à aimer plus et mieux sans ce Dieu qui est l’Amour à atteindre.

Voyez le Christ en croix : par lui et en lui Dieu nous a aimés de tout son cœur ! C’est lui le sommet que nous atteindrons quand il viendra dans la gloire : lui-même nous l’a promis et, en nous le promettant, nous a assuré aussi de sa présence jusqu’à la fin du monde. Écoutons de sa bouche les deux commandements qui n’en font qu’un : le premier comme une promesse et un but, le second comme un ordre et un chemin, l’un et l’autre comme la bonne nouvelle de notre salut en Jésus Christ mort et ressuscité pour notre rédemption et notre sanctification. Alors nous goûterons un peu, et de plus en plus, le bonheur de nous aimer les uns les autres comme nous avons été aimés.