Samedi 1er novembre 2008 - La Toussaint

Soudain Apolline fut saisie d’un mouvement de tout le corps

Apocalypse 7,2-4.9-14 - Psaume 23,1-6 - 1 Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12a
samedi 1er novembre 2008.
 

Soudain Apolline fut saisie d’un mouvement de tout le corps. Le penchement tendre et confiant de la tête allant se blottir contre une épaule sûre, le sourire ravi d’un désir comblé, tout exprimait en elle l’élan d’un abandon amoureux répondant joyeusement à l’initiative de l’aimé.

C’était à son baptême, samedi dernier, elle n’avait pas dix semaines. Et pourtant, pauvre petite, elle souffrait de ces maux d’entrailles qui tourmentent certains nourrissons durant les deux ou trois premiers mois de leur existence. De plus, comme il arrive parfois, le cœur de tous n’était pas sans réserve à la fête sur laquelle planait l’ombre de deuils trop récents. Surtout, la maman d’Apolline avait perdu sa propre mère huit jours après la naissance de sa petite fille : au bout de sa dure et longue maladie, l’une avait attendu la venue de l’autre et sa rencontre pour enfin partir.

Aujourd’hui je comprends ce qui est arrivé samedi dernier. Apolline, à ce moment-là, a entendu la parole de Jésus : « Heureux, vous les pauvres de coeur, vous qui pleurez, vous qui souffrez ! » Elle l’a entendue parce que par son baptême elle s’approchait de Jésus. Aussi se réalisait pour elle la parole : « Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne. Il s’assit et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire » Ceux qui s’approchent de Jésus, quels que soient leurs maux et leurs difficultés, éprouvent le grand bonheur de son amour, de son amour plus fort que la mort. Jésus le voit bien, même quand eux sont trop plongés dans leur chagrin pour s’en apercevoir. C’est pourquoi il le leur dit, pour qu’ils s’en rendent compte.

Voilà le sens de l’évangile des Béatitudes, que reprend cette antienne inspirée du Psaume 33 : « Ensemble, approchez du Seigneur, resplendissez de sa lumière, et sur votre visage il n’y aura plus d’ombre. » Ce qui est arrivé à Apolline entourée de tous les siens au jour de son baptême nous est offert aujourd’hui, à nous qui sommes rassemblés dans l’Eucharistie de Jésus Christ.

En cette fête de la Toussaint, nous sommes placés entre la naissance et la mort dans la perspective d’une nouvelle naissance qui abolira la mort. Telle est la foi de l’Église, la foi de notre baptême, celle de tous les saints qui en ont été illuminés par Dieu qui seul est saint.

Dans l’Eucharistie, nous célébrons le mystère de la foi : le corps tout entier de l’Église, fidèles rassemblés ici-bas unis à la foule immense de tous ceux qui nous ont précédés, se tourne vers son Seigneur, le Christ donnant sa vie sur la croix pour se présenter à lui-même une épouse immaculée.

Que notre assemblée soit, à l’image de la Vierge Marie, comme une toute petite fille infiniment confiante. Que l’Esprit Saint saisisse tout le corps d’un mouvement de tendresse et de joie, qu’il lui communique l’élan amoureux répondant à l’initiative de l’aimé, aujourd’hui dans cette célébration et demain en tous lieux de notre mission.