Dimanche 9 novembre 2008 - Dédicace de la basilique du Latran

Le bonheur du bricoleur, c’est la trouvaille

Ezéchiel 47,1-2.8-9.12 - Psaume 45,2-3.5-6.8-10 - 1 Corinthiens 3,9b-11.16-17 ; Jean 2,13-22
dimanche 9 novembre 2008.
 

Le bonheur du bricoleur, c’est la trouvaille. Un regard intelligent et imaginatif, un rapprochement audacieux entre le problème à résoudre et les éléments disponibles, et voilà que ce qui n’était “pas fait pour” fait parfaitement l’affaire. Parfois l’objet providentiel vient du rebut, d’un pêle-mêle de restes disparates, mais un geste simple suffit à lui donner de s’ajuster de façon inespérée. Voilà pourquoi le bricoleur expérimenté garde tout en se disant que « cela pourra peut-être servir ». La nature procède ainsi : d’une nageoire elle fait une patte, et de la patte une aile. Et tout ce qu’elle conçoit est très beau, comme un reflet du Créateur.

Une société heureuse, famille, clan ou cité, s’organise de même : chacun y trouve sa place et tous composent un ensemble harmonieux. Certes, en réalité la situation n’est pas toujours idéale : la création porte les stigmates du mauvais qui l’abîme depuis l’origine. Mais le mouvement juste demeure inlassablement à l’œuvre. S’il faut élire, par exemple, un président, on n’aura jamais le choix qu’entre des personnes bien imparfaites pour le rôle. Quel homme serait-il vraiment “fait pour” présider aux destinées de ses frères ? À l’inverse, assigner quelqu’un à la saisie informatique ou à la caisse d’un magasin, c’est certainement sous employer ses potentialités humaines. Mais, l’important est de servir utilement sans se prendre soi-même pour le rôle qu’on assume, qu’il soit grand ou petit.

Combien plus dans l’Église doit-on cultiver cette humilité. Personne n’y est de trop, nous rappelle le pape Benoît XVI. Que chacun y accepte la place qui lui est donnée, avec simplicité, comme celle que Dieu lui offre d’occuper. Tout homme est toujours un trésor qui déborde infiniment son utilité sociale ou même ecclésiale, tout responsable est toujours indigne de ses responsabilités de bien des manières. Il ne faut pas “en prendre son parti”, mais accepter humblement de reconnaître ses fautes et ses erreurs, d’en être pardonné et de se relancer avec la résolution de devenir plus efficace et plus saint. C’est ainsi que l’Esprit Saint ne cesse de construire le Temple avec le génie divin de placer chacun au mieux dans le corps où il doit s’ajuster. Beaucoup de superbes se retrouvent à un rang qu’ils estiment insuffisant : que cela soit pour leur conversion ! Bien plus encore de méprisés qu’on aurait volontiers mis au rebut se retrouvent placés au-dessus des autres : qu’ils n’en tirent pas gloire, mais qu’ils en rendent grâce à celui qui le premier fut la pierre rejetée des bâtisseurs et devenue la pierre d’angle.

Le Christ, en effet, a renoncé à tout souci de lui-même pour servir le Père en servant ses frères. Lui qui était sans péché est mort en malfaiteur pour nous libérer de l’orgueil et de l’égoïsme, pour nous établir dans la merveilleuse liberté de ceux qui ont renoncé à eux-mêmes. C’est ainsi que l’on devient “juste”, c’est-à-dire parfaitement ajusté à Dieu, et donc à tous les autres dans la cohésion du corps entier, par la puissance de l’Esprit Saint qui irrigue le Temple et le monde, par la grâce du Fils en qui le Père nous a sauvés et retrouvés comme ses enfants bien aimés.

Vivons dans la charité fraternelle et la prière commune, ainsi nous accomplirons l’œuvre de Dieu. Ce sera notre bonheur et celui du Seigneur.