Dimanche 7 décembre 2008 - 2e dimanche de l’Avent B

La naissance du dieu fut pour le monde le commencement des évangiles

Isaïe 40,1-5.9-11 - Psaume 84,9-14 - 2 Pierre 3,8-14 - Marc 1,1-8
dimanche 7 décembre 2008.
 

« La naissance du dieu fut pour le monde le commencement des évangiles qui ont été proclamés à son sujet » : telle est la célèbre inscription de la stèle de Priène, faite en -9 pour l’anniversaire de l’empereur Auguste, né en -63. En réalité, il n’était pas né Auguste, mais Octave. Octave était son nom, son “nomen” ; Auguste ne fut que le surnom, le “cognomen”, qu’il prit en devenant empereur. Dérivé du mot “augure”, ce surnom signifiant “saint”, “consacré”, “vénérable”, signalait chez le nouveau souverain une forte prétention à la divinité. Empereur, il le fut donc de -27 à 14. Priène, située à l’embouchure du Méandre, non loin de Milet, rendue célèbre par la rencontre de saint Paul avec les anciens de cette ville à la veille de son dernier voyage, était le centre religieux de la Ionie, cette région d’Asie Mineure envahie au troisième siècle avant Jésus Christ par les Gaulois (en tout cas des Celtes), d’où les “Galates”, destinataires d’une fameuse épître de l’Apôtre.

L’histoire de l’ère « avant Jésus Christ » fut, comme celle d’après au demeurant, l’histoire du mouvement perpétuel des déferlements de peuples les uns sur les autres, d’ouest en est ou d’est en ouest, au gré des alliances et des trahisons entre chefs ou monarques. Mais la fin de cette ère fut une époque de paix romaine remarquable, « le siècle d’Auguste », au cours duquel naît Jésus dans l’anonymat. Les historiens s’accordent à placer cette naissance au plus tard en l’an -6. La coïncidence avec l’inscription de la stèle de Priène, purement fortuite à vues humaines, n’en est pas moins remarquable. Marc devait connaître ce texte, lui qui ouvre son livre par une formule qui en est le décalque.

Pour Auguste, il s’agissait des “joyeuses nouvelles” (“euangelion” en grec, transcrit “évangile” en français) que constituaient les succès de l’empereur pour tous ses clients. Bien sûr, la stabilité politique favorable au commerce et aux arts s’obtenait au prix de répressions terribles, et l’empereur n’avait atteint sa position suprême qu’en écartant ses concurrents avec la même violence que partout et toujours. Mais cela ne troublait pas le courtisan qui se plaisait à chanter comme une grâce le jour passé de sa naissance.

Marc, lui, n’évoque pas la naissance de Jésus au début de son « évangile », comme le feront par la suite Matthieu et Luc. Il cite les Écritures. Il le fait avec la liberté souveraine de l’Esprit qui l’inspire, à la vive clarté de l’événement pascal. En effet, comme dit le pape Benoît XVI, la Parole est le chemin que Dieu aplanit pour nous. Notre façon d’aplanir sa route est de le chercher avec un cœur bien disposé, en sorte qu’il vient à notre rencontre. « Une voix crie dans le désert » : le désert était “la place de Dieu”, selon le programme des Écritures que Jean vient remplir pour sa part. Écoutons la Parole afin que se creuse en nous une place pour Dieu qui soit la place en nous de l’autre à aimer.

À vue d’homme, l’empereur, magnifiquement paré et entouré, apparaît bien plus dieu que ce pauvre Jésus, dans la crèche ou sur la croix. Mais qui se soucie aujourd’hui de fêter la naissance de cet Octave qui devint Auguste ? Tandis que le monde entier en ce début de troisième millénaire sait que Noël approche.

Qu’attendent les uns et les autres ? Des cadeaux, des fêtes, des chocolats ? Nous, nous savons ce que le monde ignore : que la naissance de Dieu parmi les hommes fut le début de l’accomplissement des promesses faites à son peuple. Grâce à l’espérance de l’Avent, en un sens, nous attendons moins Noël que le monde : notre horizon ne se borne pas aux “fêtes de fin d’années”. La fête que nous nous apprêtons à célébrer est le commencement des joyeuses nouvelles, elle nous porte à attendre activement la fin du monde comme le commencement d’un bonheur qui n’aura pas de fin.