Dimanche 21 décembre 2008 - 4e dimanche de l’Avent B

Qu’est-ce qui nous rend plus forts que les autres ?

2 Samuel 7,1-5.8b-12.14a-16 - Psaume 88,4-5.27-30 - Romains 16,25-27 - Luc 1,26-38
dimanche 21 décembre 2008.
 

Qu’est-ce qui nous rend plus forts que les autres ? Une équipe qui gagne tous ses matches, une armée qui triomphe dans toutes les batailles s’interrogent sur les raisons de leurs succès. Une même réponse s’impose en général : notre chef est le meilleur, avec lui nous sommes et nous serons invincibles.

Se poser la question à notre propre sujet, nous, les chrétiens, semblera incongru à beaucoup. Déjà, la notion de force ou de puissance n’est plus trop à la mode à notre époque ; si en plus il s’agit d’être plus fort que les autres, elle devient à l’évidence politiquement incorrecte.

Pourtant, il est question de force dans les textes d’aujourd’hui. Vous avez entendu saint Paul dans la lettre aux Romains : « Gloire à Dieu qui a le pouvoir de vous rendre forts conformément à l’Évangile que je proclame en annonçant Jésus Christ. » Vous n’ignorez pas que le nom de l’ange de l’Annonciation, Gabriel, révélé par lui-même quand il se présente à la Vierge Marie, signifie « Force de Dieu ». Et nous avons tous dans l’oreille le début du “Benedictus”, le cantique de Zacharie, le père de Jean-Baptiste : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël qui visite et rachète son peuple ; il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur ! »

En effet, pour Israël, le problème fut toujours d’échapper à la main de ses ennemis grâce aux hommes choisis par Dieu pour l’en délivrer. Longtemps ce furent “les Juges”, dont Samson à la force légendaire, ou encore Gédéon qui entendit à sa grande surprise l’Ange du Seigneur lui adresser la parole : « Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier... Va, avec la force que tu as, et sauve Israël de Mâdian ! » Déjà, le Seigneur exhortait Josué (ce nom est le même que celui de Jésus, “Le Seigneur sauve”) au moment où il prenait la tête du peuple entrant dans la Terre promise : « Sois fort, montre-toi un homme, sois fort et courageux ! »

Après les Juges, ce furent les rois : Saül d’abord, que Dieu rejeta car son coeur s’était écarté de lui, puis David, à qui nous entendons aujourd’hui le Seigneur jurer fidélité éternelle, pour lui et sa descendance. Cette promesse dont l’écho et le souvenir semblèrent s’éloigner, au temps où les rois d’Israël et de Juda furent renversés et exilés, au point que sa réalisation parut impossible, voilà qu’elle trouve son plein accomplissement en Jésus. Car rien n’est impossible à Dieu.

Mais, avec le Christ, l’histoire a changé de sens. Il ne s’agit plus de remporter toutes les batailles contre les nations païennes ennemies pour ne pas être anéanti par elles, mais de dominer le mal et d’en être vainqueur par l’amour. En effet, le mal est plus fort que nous, mais Jésus est ce “plus fort” qui a vaincu le mal en donnant sa vie sur la croix par amour pour les pécheurs, pour ses bourreaux qui l’avaient arrêté, jugé, condamné et supplicié.

Dieu qui donne l’Esprit Saint a le pouvoir de nous rendre forts conformément à cet Évangile de la grâce et du salut en Jésus Christ proclamé par l’Apôtre. Mais, nous, voulons-nous être rendus forts ainsi ? Allons-nous demander dans la prière et accueillir dans nos vies cette force paradoxale qui fait triompher la douceur de Dieu manifestée en l’enfant de la Vierge Marie ? Serons-nous les témoins de la Parole qui pénètre avec autant de puissance que de douceur au cœur de tout homme bien disposé et s’impose à sa raison par la seule force de la vérité ?

En effet, chers amis, qu’y a-t-il au monde d’aussi grand et d’aussi beau, d’aussi convaincant et d’aussi bouleversant que la venue au monde du Fils de Dieu prenant chair de la Vierge Marie pour ouvrir à tout enfant des hommes le chemin du ciel ? Voilà le chef qui nous est donné, à nous chrétiens, et son Évangile merveilleux qui est plus fort que tout ce qui a pu venir au cœur de l’homme en tous lieux et en tous temps. Mais ce n’est pas pour que nous en tirions avantage sur les autres, au contraire ; c’est pour qu’ils puissent, en nous voyant, le découvrir et le recevoir comme leur propre trésor au même titre que nous, ce don de Dieu plus fort que le péché et que la mort qui nous établit dans l’amour et la vérité pour toujours.