Jeudi 25 décembre 2008 - Jour de Noël

Paroles et musique : inconnu

Isaïe 52,7-10 - Psaume 97,1-6 - Hébreux 1,1-6 - Jean 1,1-18
jeudi 25 décembre 2008.
 

Paroles et musique : inconnu. De vieilles chansons traditionnelles ou resurgies d’un passé oublié, il arrive qu’on ignore les auteurs, et ce ne sont pas forcément les moins belles. Ou bien, comme c’est le cas pour « Douce nuit » dont on parle beaucoup en ce moment - il paraît qu’elle a cent-quatre-vingts ans cette année et que c’est la chanson la plus universellement répandue ! -, on connaît le nom de l’auteur, un simple “prêtre assistant” de base, mais ce chef-d’œuvre ne lui a valu aucune célébrité. C’est ce qu’on peut appeler un illustre inconnu !

Réussir une chanson suppose un heureux ajustement des phrases verbales et musicales qui doivent s’enlacer et se mouvoir comme les partenaires d’une danse passionnée. Les lieux aussi chantent au mieux quand l’architecture et les œuvres qui l’habitent s’appellent et se répondent à l’envi. Qui ne s’est ému d’une église de campagne offrant au temps de Noël sa crèche un peu cachée au fond ou sur le côté au visiteur qui s’émerveille d’y retrouver les personnages attendus ?

Mais la terre qui les porte ne cesse d’habiter aussi les lieux qu’on y bâtit, d’y laisser flotter son esprit volontiers si les bâtisseurs ne l’ont pas oubliée dans leur œuvre. Nous connaissons des villages perchés sur une vire au flanc de la montagne, tels qu’une aigle couvant ses petits, d’autres blottis comme un canard sauvage se repose en voyage au creux du vallon où murmure la rivière, d’autres encore aventurés sur la falaise et criant à la mer à la façon des mouettes. Au cœur de chacun se tient une église qui veille dans l’esprit des lieux pour accueillir le Seigneur de tous les univers.

L’homme qui ouvre son cœur à ces harmonies infinies entre lui-même en vibration sympathique avec elles, les éléments viennent en lui comme chez eux et l’entraînent à découvrir que tout est plein de sens : rien n’est laissé par Dieu sans le Verbe en qui il a créé les mondes. Ainsi s’accomplit dans l’expérience chrétienne la très vieille intuition des grecs philosophes que l’homme est comme un microcosme au sein de l’univers, un tout pétri d’ordre et de beauté qui rappelle la grandeur du cosmos en son humilité.

Mais, nouveauté merveilleuse, ce n’est pas l’homme adulte, le mâle, “anèr” dans sa force, qui réalise parfaitement cette correspondance, mais un petit enfant dans sa faiblesse et sa vulnérabilité, qui ne sait que vagir pour dire sa dépendance. En lui seulement se dévoile tout à fait l’harmonie profonde entre la terre et les cieux, que l’homme avait perdue mais que Dieu lui a rendue d’avance dans le don inouï de son propre Fils venu dans notre chair.

Il est comme l’arbre de vie planté dans la mer, le lieu biblique des démons et du péché, pour arracher le monde à la dissemblance et le recréer dans sa sainteté. Oui, ce nouveau-né est plus fort que toutes les ténèbres et la cacophonie du démon. Il nous révèle un chemin que nous ne connaissions pas pour échapper au mal, nous qui pensions pouvoir l’affronter de nos propres forces et ne faisions que nous enfoncer dans l’interminable enchaînement des violences. Il nous place à la croisée des possibles, entre la tentation de la puissance qui s’impose, mais se perd, et l’amour qui s’offre à corps perdu, mais nous retrouve pour la vie.

Dieu est ce connu-inconnu des hommes, comme disait le pape Benoît XVI aux Bernardins, cet illustre inconnu de l’humanité auteur pourtant de toute l’harmonie de la terre. Il se révèle parfaitement en ce petit enfant, né dans l’obscurité d’une nuit de la montagne de Judée, qui éclaire aujourd’hui toutes les nuits du monde.