Jeudi 1er janvier 2009 - Sainte Marie Mère de Dieu

Comment devenir mère

Nombres 6,22-27 - Psaume 66 - Galates 4,4-7 - Luc 2,16-21
jeudi 1er janvier 2009.
 

Comment devenir mère ? Il faut accueillir en soi l’élément reçu d’un autre et le garder en présence du sien, en dépit du mouvement naturel de rejet par le corps de ce qui lui est étranger, puis mettre ensemble les deux jusqu’à ce qu’advienne un être nouveau né de l’union de l’un et de l’autre.

Une phrase de notre évangile exprime clairement ce processus, surtout si l’on revient de la traduction à l’original grec : « Marie cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. » “Retenait” est littéralement “gardait ensemble” (sunétèrei) ; “méditait” traduit un participe : “mettant ensemble” (sumballousa) ; quant aux “événements”, il s’agit des “rhèmata”, mot qui signifie d’abord “paroles” puis “faits”, “événements”.

Pour concevoir Jésus, la Vierge a dû accueillir la parole de l’ange, retenir la semence divine et l’allier en elle avec ce qui lui était propre. Ce mouvement accompli dans la naissance du Sauveur n’est pas sans lendemain. Il se prolonge dans la maternité de Marie, “Mère de l’Église”, car elle reçoit du Seigneur pour enfants ses disciples bien-aimés. Cette maternité ecclésiale de Marie est le type de celle de l’Église elle-même, mettant au monde les enfants du Père “renés d’En Haut” dans le baptême d’eau et d’Esprit.

Autrement dit, ensemble comme corps ecclésial et chacun de nous comme temple de l’Esprit, nous devons nous prêter au même événement pour mettre le Christ au monde aujourd’hui.

La parole de Dieu ne cesse de nous advenir de manière troublante, car ses pensées ne sont pas nos pensées. Nous devons l’accueillir et la garder en nous avec ce qui nous est propre, malgré l’étrangeté irréductible de la semence divine, jusqu’à produire l’union des deux qui ne se passe pas sans débats : Luc emploie “sumballein” aussi pour signifier des discussions, voire des disputes.

Ce processus engage l’Église en toutes ses instances de concertation et de délibération pour qu’elle prenne ses responsabilités dans l’histoire : les “rhèmata”, les événements du monde, sont à la fois ce qui résulte de la composition de toutes les forces agissant en lui, et ce qu’ils deviennent par l’action de Dieu en ses disciples et par eux. « La Parole crée l’histoire », nous dit le pape Benoît XVI. Les chemins de Dieu ne sont pas les nôtres, mais quand nous accueillons le Verbe en nos vies, nos chemins ne sont plus les nôtres, mais les siens.

Lorsque nous sommes rassemblés pour écouter la Parole, nous sommes appelés à lui offrir nos corps et nos esprits jusqu’à ce qu’elle délivre en nous et par nous sa fécondité pour le salut du monde. Prenons pour modèle la très sainte Vierge Marie, notre mère, qui nous apprend encore aujourd’hui à devenir à sa suite Mère de Dieu par la foi, l’espérance et l’amour du Christ.