Dimanche 4 janvier 2009 - Épiphanie du Seigneur

Vous dire exactement quand, c’est une autre histoire

Isaïe 60,1-6 - Psaume 71,1-2.7-8.10-13 - Éphésiens 3,2-3.5-6 - Matthieu 2,1-12
dimanche 4 janvier 2009.
 

La mémoire fonctionne par association, en particulier des circonstances aux événements. Un choc émotionnel fixe le souvenir de détails anodins en eux-mêmes : il faisait froid, un homme est passé, vous aviez les cheveux dans les yeux... Ces repères aident à se situer dans le temps en fonction des saisons de l’année ou de la vie, des heures ou des rythmes de la ville et de la maison. Il s’ensuit un mélange de certitudes et de doutes quand nous cherchons à dater ce qui est survenu dans le passé : même s’il s’agit de faits remarquables, ceux qui les ont connus n’y parviennent pas aisément. Chacun y va de son repère personnel : j’étais enceinte du troisième, mon club préféré avait remporté le championnat, je venais juste d’être diplômé. Curieusement, il serait aisé, parfois, d’exhumer le document attestant précisément l’information recherchée, mais personne n’y tient, car ce serait dommage de couper court à ce travail de mémoire où se rassemblent tant de faits divers et dont jaillissent maints effets de sens inattendus.

Pour la naissance de Jésus, il en va de même : nous sommes incapables de la dater précisément avec certitude, et pourtant il est fort utile et fécond de nous y efforcer autant que possible. Matthieu, vous l’avez entendu, la situe au temps du roi Hérode le Grand. Luc aussi, le seul autre évangéliste qui nous parle de l’enfance du Seigneur, bien qu’il évoque le recensement de Quirinius, ce qui est incompatible avec le point précédent car il eut lieu en 6 de notre ère, tandis qu’Hérode était mort en -4. Compte tenu des autres éléments à notre disposition, assez rares il est vrai, nous sommes conduits à situer la venue du Christ entre -4 et -8, peut-être en -6, sûrement pas en zéro, en tout cas, car il n’y a pas d’année zéro en histoire.

Quoi qu’il en soit, le monde entier, en ce début de 21e siècle, suit un calendrier qui prend pour origine l’année supposée de la naissance de Jésus : l’an 1. Certes, il en reste d’autres plus ou moins en vigueur ici où là, juif, musulman ou chinois par exemple, mais, en raison des nécessités d’une économie mondialisée d’origine occidentale, tous les ordinateurs ont le nôtre. L’immense réseau des machines plus ou moins interconnectées ne pouvait en effet se passer d’un repère commun (souvenez-vous du “bug” de l’an 2000) mais, du coup, plus que jamais notre calendrier chrétien s’impose à toute la planète.

En réalité, l’état de la planète aujourd’hui et la genèse historique de cet état ne peuvent se comprendre qu’à partir de l’événement Jésus Christ. Le Verbe fait chair, né dans l’obscurité d’une nuit de Judée, a changé de plus en plus au fil des siècles la face du monde. Comme dit le pape Benoît XVI, « la Parole crée l’histoire. » Non seulement elle la crée, mais elle lui donne un sens. Les païens menaient une vie sans but au-delà de l’éternel retour du même, la rencontre de Jésus leur donne d’entrer dans l’histoire du salut : tel est le sens de l’épisode de la visite des mages à la crèche.

L’étoile est le surgissement, dans une vie d’homme droitement inspirée par la recherche de Dieu, de l’indication que Dieu désormais peut être trouvé, et précisément en son Fils fait homme : Dieu né de Dieu (l’encens), véritable Messie d’Israël et roi des Juifs (l’or), qui est réellement mort sur la croix pour le salut du monde et a été mis au tombeau (la myrrhe). Répondre à cette invitation et passer par l’adoration du Christ vous amène à prendre un « autre chemin » vers vous-même : votre vie devient autre, comme l’histoire aussi par l’action de tous ceux qui se laissent transformer et mettre à l’œuvre pour changer le monde, par la puissance du Christ ressuscité des morts.

Quiconque suit l’étoile que Dieu allume en son ciel, par l’enseignement qui propage la prédication apostolique, jusqu’à se faire disciple de Jésus peut devenir lui-même à son tour l’étoile de beaucoup. Ce fut le cas merveilleusement pour l’Apôtre saint Paul, conscient « de la grâce que Dieu lui a donnée pour nous ». Oui, frères, maintenant notre histoire et celle du monde ont un sens : elles vont vers le jour de l’illumination totale de l’univers par la bonne nouvelle de Jésus Christ qui nous a aimés jusqu’au bout ; en ce temps-là il n’y aura plus d’ombre.

Vous dire exactement quand, je ne saurais, mais il viendra, ce jour ; et nous pouvons le hâter par la prière et l’action qui prennent source en l’adoration du Christ manifesté sur notre terre.