Dimanche 11 janvier 2009 - Baptême du Seigneur

Il faut aller au contact

Isaïe 55,1-11 - Cantique Isaïe 12,2-6 - 1 Jean 5,1-9 - Marc 1,7-11
dimanche 11 janvier 2009.
 

Il faut aller au contact : les joueurs de rugby le savent bien, mais aussi les politiques habitués à labourer le terrain et les hommes d’affaires qui soignent “le relationnel”. Le contact peut être rugueux, voire ultra-violent comme dans ce sport de combat qu’on appelle « full contact ». Il est aussi des rencontres superficielles, comme celle de deux épidermes pressée et sans pensée du lendemain, mais un vrai baiser d’amour bouleverse chaque amant jusqu’à l’âme.

Jésus, c’est Dieu qui vient au contact de l’homme, pour le meilleur et pour le pire. Il plonge entièrement dans notre humanité : pour le meilleur, car elle demeure cette création merveilleuse dont le Créateur s’est épris ; pour le pire, car le Mauvais l’a prise en son pouvoir et souillée de péché. C’est pourquoi il fallait que Dieu la purifie.

Notre monde connaît deux stratégies de purification. La plus ordinaire consiste à éliminer les éléments impurs. Elle se révèle tôt ou tard une impasse. Nous pensons aux horreurs des purifications ethniques chères aux nationalismes de toutes les couleurs. Il vaut mieux, sans doute, essayer de purifier l’impur, comme on lave un vêtement sali. Mais les malfaiteurs s’amendent rarement, même lorsque la société y consacre de grands efforts. Le pire, sans doute, est atteint par les méthodes de propagande et de rééducation des totalitarismes communistes. Kundera a dépeint de manière saisissante, dans « La plaisanterie » par exemple, comment s’installe un régime de soupçon universel et systématique où tous se retrouvent coupables présumés, pressés de se disculper en devenant délateurs et tortionnaires à l’envi. Il faut dire, hélas, qu’une telle entreprise de purification idéologique a pour précédent historique les délires d’une certaine inquisition catholique qui prétendait extirper le péché par la force.

Sans doute, l’exorcisme était connu des sociétés antiques, particulièrement du peuple de la Bible. Mais il s’agissait de cas exceptionnels, de gros démons expulsés par les moyens extraordinaires de spécialistes providentiels. D’ailleurs, un refrain de la Torah, littéralement, commande à Israël de retrancher le pécheur pour ne pas laisser subsister le péché. Toutefois, à bien y regarder, la pédagogie divine enseignait ainsi à ses fils son incapacité à éliminer tout à fait de la sorte ses fautes et révoltes, et donc la nécessité de s’en remettre finalement au pardon et à la miséricorde du Seigneur.

Seul le Christ apporte en la matière une véritable nouveauté : il sépare le péché du pécheur, non par la méthode du soupçon et de l’inquisition, mais par le feu et l’Esprit, c’est-à-dire par l’amour jusqu’à la croix et l’Esprit Saint qui accomplit toute sanctification. Il est Christ, en effet, de cette “chrismation” qui est onction pénétrant en profondeur, pour que soient oints de même ses frères humains, jusqu’à ce que l’Esprit achève en eux la purification parfaite de la divinisation.

Or, ce que nous révèle la fête d’aujourd’hui, c’est que cette guérison du pécheur par le Fils de Dieu nécessite une rencontre personnelle, “corps à corps”, afin qu’au contact du Saint l’homme soit délivré de ses esprits impurs. Pourquoi ? C’est ainsi. Mystère de liberté et d’amour. Ce n’est pas en laissant tomber d’En Haut sa loi et son pardon que Dieu remporte la victoire pour sa créature. Il faut qu’il descende en personne. Et pas seulement pour un petit tour et puis s’en va. Il faut qu’il aille jusqu’au bout, afin que « le sang de Jésus nous purifie de tout péché ». Ils sont trois, en effet, à témoigner : l’eau de son Incarnation, le sang de sa passion et l’Esprit de qui il a été conçu dans le sein de la Vierge Marie et par qui il a été ressuscité d’entre les morts. Son Ascension signifie que le Verbe s’est fait chair pour toujours en Dieu. Mais, au moment de monter, il nous promet sa présence jusqu’à la fin du monde. Nous sommes sa présence dans l’histoire, nous qui avons été baptisés dans sa mort et sa résurrection, pour rejoindre et atteindre tout homme, en un corps à corps où le Saint prend sur lui le péché au prix de la croix, afin que le malfaiteur soit sanctifié et découvre le bonheur d’aimer Dieu et son prochain.

Pour l’amour de Dieu, nous devons aller au contact de ces pécheurs qu’il a tant aimés.