Dimanche 18 janvier 2009 - Deuxième Dimanche B

« Apôtre de la sexualité »

1 Samuel 3,3b-10.19 - Psaume 39,2.4.7-11 - 1 Corinthiens 6,13b-15a.17-20 - Jean 1,35-42
dimanche 18 janvier 2009.
 

« Apôtre de la sexualité » : j’emprunte cette expression au titre d’un reportage paru dans ce qu’on appelle un grand quotidien du soir. Il s’agit d’un Chinois qui fait grand bruit sur Internet en son pays en prônant l’infidélité conjugale « au nom de la solidité du mariage, qui est le garant de la stabilité sociale ».

“Apôtre” signifié “envoyé”. Par qui donc est envoyé ce Chinois, on peut se le demander. Ce qui est sûr, c’est que ses idées viennent de chez nous, de notre Occident moderne. L’apôtre voyage : saint Paul en particulier, lui que nous fêtons aujourd’hui comme « Migrant, Apôtre des peuples ». Notre homme, lui, reste tranquillement assis devant son écran pour tapoter sur son clavier. C’est le “reporter” qui bouge pour rencontrer ce phénomène qui méritait vraiment le déplacement ! L’apôtre annonce l’Évangile. Quant à la bonne nouvelle de l’infidélité recommandée pour le bien de la société, elle pourrait en suggérer d’autres : pourquoi ne pas faire de même l’éloge du vol en vue de la prospérité générale, du mensonge pour l’amour de la vérité et du meurtre qui permet de consolider les relations de bon voisinage ?

Nous avons nous-même été gavés de discours dénonçant la morale répressive du judéo-christianisme pour en appeler à la “liberté” de faire tout ce à quoi l’envie nous pousse, et nous n’avons pas fini de souffrir de ce lavage de cerveaux offensant pour toute humanité raisonnable.

Certes, l’Évangile évoque la sexualité : écoutez l’Apôtre, digne de ce nom ! Dans les Écritures, Dieu nous a révélé la grandeur incomparable de cette constitution de l’humanité homme et femme, faits pour nouer ensemble une alliance d’amour où l’union des corps fonde la communion profonde des êtres. Cette alliance, en effet, reflète l’amour de Dieu pour sa créature et annonce la réalisation de son dessein qui dépasse tout ce qu’elle pouvait imaginer : s’unir à elle dans une communion totale semblable à celle des époux qui ne font qu’un. Dans cette perspective, la parole de saint Paul nous recommandant de fuir l’impureté n’est certes pas une prohibition de l’éros humain, mais un encouragement à ne pas gâcher un mouvement si beau et porteur d’une telle espérance.

Le mot impureté rend ici le grec “pornéia” dont le sens premier est “prostitution”. Le terme vient en effet du verbe “pérnèmi” qui signifie “exporter et vendre”. Il en résulte un jeu de sens avec la conclusion de notre passage : « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur vous a achetés très cher. » Le corps de l’autre que l’on désire ne saurait “s’acheter” qu’au prix de son propre corps livré, dans une donation réciproque définitive en vue de ne faire qu’une seule chair. Le Seigneur Jésus s’est ainsi livré sur la croix pour se présenter à lui-même son épouse sainte et sans tache. Il nous donne son corps en nourriture afin que nous devenions son corps, dans la communion de l’amour fraternel.

Nous le savons bien, ce qui est digne de l’homme est de dire la vérité et de respecter le bien d’autrui comme sa personne. S’il nous arrive de tromper, de voler ou d’agresser quelqu’un, nous n’en sommes pas fiers : cela ne nous grandit pas de faire du tort à notre semblable, et c’est mauvais pour nous aussi. De même faut-il tranquillement affirmer que la chasteté seule est digne de l’homme, et que toute “impureté” nuit à ceux qui s’y livrent comme au corps social tout entier. Dans notre grande diversité d’état de vie et de constitution personnelle, quelles que soient nos beautés ou nos infirmités physiques ou psychologiques, nous sommes appelés à assumer notre sexualité humaine dans le plus grand respect de l’autre et de nous-même.

Prions le Seigneur de nous rendre forts pour éviter le mal en la matière : que l’Esprit Saint nous sanctifie et nous garde afin que nous vivions de manière excellente dans la communauté chrétienne cette sexualité à la hauteur de l’homme qui rend gloire à Dieu. Notre conduite prêchera d’exemple mieux que mille discours prétentieux et assommants.

Ainsi nous serons une Église crédible comme Apôtre de l’humanité.