Dimanche 25 janvier 2009 - Troisième Dimanche B - Conversion de saint Paul Apôtre (année jubilaire)

Les grands conquérants sont fascinants : qui n’en a pas rêvé ?

Jonas 3,1-5.10 - Psaume 24,4-9 - 1 Corinthiens 7,29-31 - Marc 1,14-20
dimanche 25 janvier 2009.
 

Les grands conquérants sont fascinants : qui n’en a pas rêvé ?

Alexandre à trente ans avait soumis l’empire aux cent-vingt-sept provinces. « Il poussa jusqu’au bout du monde, dépouillant une multitude de peuples, et la terre se tut devant lui. » Plusieurs à sa suite ont fait retentir les continents du fracas et du succès de leurs armes. Certains furent particulièrement cruels ou néfastes, d’autres firent aussi du bien, tous établirent leur pouvoir par le fer et le feu.

Saint Paul, en un sens, fut un très grand conquérant : combien de nations ont été par lui rendues captives et amenées à obéir au Christ ? Par son ministère et celui de ceux qui l’ont suivi s’est accomplie bien des fois la conversion massive prophétisée et figurée au livre de Jonas en celle de Ninive, la grande ville. Or, il réalisa son œuvre immense sans donner le moindre coup ; en revanche il en reçut beaucoup.

Il faut dire que lui-même fut d’abord conquis de façon stupéfiante. En un moment renversé tout entier il servit dès lors pour toujours celui qu’il avait persécuté : nous fêtons aujourd’hui cet événement aux conséquences incalculables.

Rien de tout cela n’est arrivé par hasard. Les historiens expliquent que la progression foudroyante d’Alexandre fut rendue possible par l’unification déjà réalisée de l’Empire perse. De même, l’expansion rapide du christianisme des premiers temps, dès les voyages de saint Paul, se fit au long des voies romaines qui sillonnaient la Méditerranée et son pourtour. Il faut aussi des personnalités d’exception pour ne pas manquer le rendez-vous de l’histoire.

Si la possibilité du renversement rapide des empires s’explique par leur unification précédente, celle d’une seule personne aussi. L’âme humaine est profonde et compte bien plus de cent-vingt-sept provinces. Saul, dans sa rage contre le Christ, n’en était pas moins unifié par sa passion pour la Loi de ses pères : dans son zèle, toutes ses forces se tendaient vers un seul but. L’Évangile ne dit pas ce qu’il en était pour les premiers appelés, Simon et André ainsi que Jacques et Jean. Mais la promptitude de leur réponse laisse supposer des hommes déjà préparés à se donner sans partage à qui en vaudrait la peine.

Qu’en est-il pour nous, frères ? Nos domaines intérieurs sont-ils offerts sans réserve à la royauté de Dieu qui s’est fait proche ? N’y a-t-il pas en nous des montagnes hostiles, des maquis de révolte et des marais à la pestilence impénétrable pour se soustraire à la domination du Seigneur ? Je crains que nous ne soyons nombreux à résister efficacement, hélas, à la conquête du Christ. Dans un langage plus courant, je dirais que nous avons sans doute encore à nous convertir.

Si le Seigneur Jésus règne vraiment en moi, tout ce que j’ai, tout ce que je suis ne doit-il pas se mettre à sa disposition ? Alors je comprends la parole de l’Apôtre : « Que ceux qui possèdent soient comme s’ils ne possédaient rien. » Si tout en moi est au Christ, plus rien n’est à moi : quelle libération, quelle paix, quelle disponibilité ! Si nous n’en sommes pas là, frères, ne tardons pas à faire de nouveaux progrès : le temps est limité. N’allons pas rêver de châteaux en Espagne ou ailleurs qui ne pourrons jamais nous donner le vrai bonheur en ce monde qui passe. Écoutons plutôt la voix de celui qui a les paroles de la vie éternelle.

Peut-être avons-nous peur : l’Apôtre a reçu beaucoup de coups, disais-je, il a souffert et s’est offert en sacrifice à la suite de son Seigneur mort sur la croix pour racheter le monde. Mais si c’est Dieu qui nous confie de combattre, ne nous donnera-t-il pas aussi la force de triompher comme il l’a fait pour son Fils ?

Alors ne craignons plus, laissons-nous renverser par l’Évangile pour nous mettre à son service : nous deviendrons avec l’Église tout entière les plus grands conquérants du monde, ceux qui le subjuguent par l’Amour sauveur pour son bonheur.