Dimanche 1er février 2009 - Quatrième Dimanche B

Bonne opinion, mauvaise opinion, peu importe, seule compte la notoriété

Deutéronome 18,15-20 - Psaume 94,1-2.6-9 - 1 Corinthiens 7,32-35 - Marc 1,21-28
dimanche 1er février 2009.
 

Bonne opinion, mauvaise opinion, peu importe, seule compte la notoriété. Pour vendre, en tout cas, pour le spectacle.

Prenons un exemple ou deux, de gens bien connus. On dit de l’un que c’est un Napoléon, un petit garçon ou un fou ; de l’autre qu’elle est divine, plutôt bonne sœur ou folle. Mais tous se collent au poste quand ils y passent. La seule question sérieuse se pose s’il s’agit de voter pour eux. Mais qui irait jusqu’à se vouer corps et âme à l’un ou à l’autre ? Après tout, ils passeront, et d’autres les remplaceront.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, il se passe quelque chose. À la fin, « la renommée de Jésus se répand dans toute la Galilée. » Fort bien, va pour la notoriété. Mais les gens ont-ils bonne ou mauvaise opinion de lui ? Nous la supposons bonne, selon notre propre sentiment. Pourtant, la suggestion du texte est bien différente.

Vous avez entendu à la fin : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent. » Or, quelques pages plus loin dans l’évangile, les scribes vont affirmer : « C’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. » Quant à l’expression “un enseignement nouveau”, elle sonne pour nous comme un compliment, mais ce n’est pas du tout le cas a priori dans l’esprit des auditeurs de Jésus : la nouveauté par rapport à l’Écriture et à la Tradition, loin de constituer une qualité appréciable, présente un caractère pour le moins suspect. D’ailleurs, cela explique aussi qu’ils s’interrogent “saisis de frayeur” ! Dans ces conditions, la question sur “ce que cela veut dire” peut s’entendre aussi comme une menace.

D’ailleurs, Jésus lui-même n’entend apporter aucune nouveauté d’enseignement : il reprend fidèlement celui de la Loi et des prophètes, il est d’ailleurs lui-même le “prophète comme moi” que vous avez entendu Moïse promettre au peuple de la part de Dieu dans la première lecture, et bien plus que cela évidemment. Quant à son “autorité” qui le distingue des scribes, ce terme est utilisé dans la traduction à cause du contexte : on imagine une sorte d’assurance professorale remarquable. Mais vous savez que certaines personnes, de celles qui devraient “faire autorité”, énoncent avec beaucoup d’assurance des erreurs très graves. En fait, il s’agit de la “puissance” de Jésus, celle qui se manifeste dans son pouvoir de démasquer les esprits impurs et de les chasser. Cette puissance n’est autre que celle de l’Esprit Saint qui demeure sur Jésus, le Saint de Dieu qui vient purifier son peuple.

La nouveauté apportée par le Christ est sa personne elle-même, sa présence sainte qui révèle et dissipe les ténèbres du péché. Mais alors, comment se fait-il que ses auditeurs puissent lui résister en refusant de se rendre à l’évidence du salut de Dieu qui se manifeste en son Fils ? En réalité les esprits impurs qui habitent en eux se cachent sous leur dureté de cœur, cette opposition passive de ceux qui demeurent dans le doute et l’indécision. Mes amis, n’est-ce pas encore le cas pour nous aujourd’hui ?

Vous avez entendu saint Paul, dans la deuxième lecture, recommander le célibat pour éviter d’être tiraillé entre le Seigneur et son conjoint. Comprenez que cela signifie la grandeur et la radicalité d’abord de l’engagement chrétien, ensuite du mariage des chrétiens. Le vrai disciple se lie au Christ totalement et définitivement comme le conjoint au conjoint, et même plus encore. Réciproquement, seule l’union de deux vrais disciples, chacun donné tout entier au Christ, peut constituer une aide dans la vie chrétienne plutôt qu’une gêne.

Alors, cessons de douter et d’hésiter, frères, comme si nous voulions rester devant le poste et jouir du spectacle plutôt que d’entrer dans la vie réelle. Il ne s’agit pas d’avoir bonne opinion de Jésus, voire de voter pour lui, mais bien de se vouer à lui corps et âme. Nous pouvons craindre la croix du Christ qui attend aussi les disciples, mais nous devons l’entendre nous dire « N’ayez pas peur » et nous lancer en nous appuyant sur sa promesse d’être avec nous et de nous donner l’Esprit Saint. Ce que je vous dis n’est pas mon opinion mais la foi de l’Église, qui est sûre et qui sauve le monde.