Dimanche 11 mai 2003 - Quatrième dimanche de Pâques

Est-ce le bon ?

Actes 4,8-12 - 1 Jean 3,1-2 - Jean 10,11-18
dimanche 11 mai 2003.
 

Est-ce le bon ?

Le bon modèle de lampe pour remplacer celle qui est cassée, sinon il n’y aura pas de lumière. Le bon chemin, sinon nous serons perdus. Le bon médecin, qui prescrira le bon médicament, sinon je vais mourir.

Est-ce le bon mari ?, se demande la jeune fille, le compagnon agréable de tous les moments de la vie, le soutien solide dans les soucis et les coups durs, un bon père pour mes enfants, et bien des choses encore, et surtout, surtout, qu’il m’aime, tout le temps, passionnément et toujours.

Est-ce qu’il existe, "le bon" ? En tout cas, lorsqu’il est vraiment nécessaire ou désirable, si on le trouve, on le prend : ce serait trop bête de tout gâcher !

Et le bon chef d’État, qu’on l’appelle président, roi, prince ou tyran, leader, führer, raïs ou duce, existe-t-il ? Ne sont-ils pas tous plus ou moins des voleurs et des bandits ?

Vous trouvez peut-être que j’y vais fort. Mais l’expression est de Jésus lui-même, dans le passage de l’évangile qui précède immédiatement celui que nous venons d’entendre : "Ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits." Or, de quoi s’agit-il ? Le "berger" n’a pas grande signification pour nous, le "pasteur" encore moins. Mais, bibliquement, il s’agit du chef du peuple de Dieu, du roi d’Israël ou de l’homme qui en tient lieu, tout simplement.

Avant Jésus, Israël est tombé sous la domination de rois étrangers, ou bien de familles qui se sont révoltées contre eux, en tout cas de chefs qui se sont imposés par la violence, en toute illégitimité. En remontant le temps, on arrive aux rois d’Israël et de Juda. De ceux-là, officiellement, le représentant par excellence est David, au point que "Fils de David" est un des titres messianiques du Seigneur.

Eh bien, David lui-même a passé plusieurs années de jeunesse comme chef de bande hors la loi, vivant de ce qui ressemblait fort à un racket des riches propriétaires de la campagne. Puis il a conquis la royauté en l’arrachant de la main de la maison de Saül à la pointe de l’épée, au cours d’une véritable guerre civile qui a ensanglanté Israël pendant de nombreuses années. Enfin, il s’est emparé de la femme d’un de ses officiers étrangers et, comme il n’arrivait pas à étouffer l’affaire, il l’a fait tuer. Ainsi, le meilleur de tous les bergers du peuple de Dieu avant Jésus a pourtant bien mérité ces qualificatifs de voleur et de brigand.

Quelle contraste avec Jésus lui-même, le juste qui donne sa vie pour sauver celle des pécheurs, par amour pour eux !

Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Voilà pourquoi le Prince charmant, dans touts les contes, risque sa vie pour conquérir le cœur de sa belle : il "expose" sa vie, ce qui est littéralement l’expression employée par Jésus, et que l’on traduit par Je "donne" ma vie.

Oui, mais, quand le Prince charmant combat de terribles ennemis, en particulier le dragon, il en sort toujours vainqueur, il ne meurt pas. Sinon la belle n’aurait plus de mari en perspective. Tandis que Jésus meurt, lui. Alors, à quoi bon, pour nous, tout son amour ?

Si vous ne croyez pas, frères, que cet homme qui souffre et qui meurt est Dieu tout-puissant, cela ne vous sert à rien qu’il ait donné sa vie pour vous. Ce Jésus qui subit la passion à laquelle il aurait voulu échapper est le Fils éternel lui-même qui, dans sa parfaite union avec le Père, a décidé qu’il en serait ainsi. Telle est la signification de ces mots : "Ma vie, j’ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père."

Parce qu’il est Dieu, Jésus mort et ressuscité est le Seigneur qui nous est donné, vainqueur de la mort, toujours vivant auprès de nous. Il est le Berger, le bon, celui qu’il nous faut en toutes circonstances, compagnon agréable du bonheur et de la félicité, soutien solide dans les épreuves et les difficultés, gardien attentionné de nos vies et de tout celles qui nous sont chères, roi plein d’un amour immense et pour toujours, comme il nous l’a prouvé en nous aimant jusqu’à la croix.

Parfois vous demandez : "Mais, est-ce qu’il nous parle ?" Et vous vous plaignez de ne pas l’entendre.

Comment, il ne vous parlerait pas, alors que vous êtes à lui ? Il vous a rachetés très cher, vous lui avez été consacrés par le bain du baptême en sa mort, il est ressuscité pour votre sanctification, et il ne soucierait plus de vous parler pour vous instruire, vous conseiller, vous montrer la route à suivre, vous consoler et veiller sur vous ? Demandez-vous plutôt si vous l’écoutez !

Il vous parle dans son Église, en particulier par les pasteurs qu’il vous donne en son nom, comme moi. Après ce que j’ai dit de notre père David, que nous vénérons - il y a une statue de lui dans cette église - comment me ferais-je des illusions sur nous ! Pourtant, quand nous parlons fidèlement selon le mandat qui vient de lui, c’est lui-même qui vous parle. D’ailleurs, Jésus n’est-il pas le parfait Serviteur de Dieu, qui dit ce qu’il a entendu auprès de lui, et qui fait ce qu’il a vu faire au Père ?

Pourquoi croyez-vous que nous répondions avec joie à une telle vocation de "lieutenants" du Bon Pasteur, si ce n’est pour le bonheur d’être auprès de lui, puisqu’il a promis de demeurer auprès de nous !

Encore faut-il qu’en nous écoutant vous écoutiez sa voix, avec l’Esprit Saint qui vous est donné comme à ceux qui lui obéissent. Et s’il vient quelques parasites dans les émissions, laissez-les tomber !

Allons, profitez-en, vous qui croyez, vous qui savez, que Jésus est le bon Dieu !