Mercredi des Cendres, 25 février 2009 - Entrée en Carême

Quelles sont vos intentions ?

Joël 2,12-18 - Psaume 50,3-6.12-14.17 - 2 Corinthiens 5,20 - 6,2 - Matthieu 6,1-6.16-18
mercredi 25 février 2009.
 

Jadis, le père d’une jeune fille sensible à la cour pressante que lui faisait un jeune homme convoquait ce dernier pour lui demander : « Quelles sont vos intentions ? » Et lui de répondre peut-être : « Mes intentions sont pures. » Autrement dit, je m’intéresse à votre fille en vue d’un mariage possible. Les intentions en question n’étaient peut-être pas si pures que cela, mais il s’agissait d’accepter un principe, un cap, une orientation.

Pour nos actes religieux, il en va de même : le Seigneur nous demande : « Quelles sont vos intentions ? Si vous cherchez à vous faire bien voir des hommes, cela ne sert à rien aux yeux de Dieu. » En fait, nos intentions ne sont pas pures : nous sommes des êtres mélangés. Mais il nous faut quand même accepter un repère, une visée. Or, il me semble que l’Évangile d’aujourd’hui, en évoquant successivement l’aumône, la prière et le jeûne, nous indique une séquence où chaque élément entraîne le suivant par nécessité. Autrement dit, chaque élément est justifié par le précédent : le jeûne se justifie par la prière, la prière par l’aumône et l’aumône par l’amour.

Nous savons bien que la prière est une exigence coûteuse : il faut en prendre le temps sur un temps précieux, en aménager le lieu et les circonstances sans craindre d’occuper la place aux dépens des précédents occupants, s’y rendre disponible intérieurement en écartant fermement les préoccupations présentes. Rien de tout cela ne se réalise sans un renoncement résolu qui se traduit par des privations concrètes. Voulez-vous, cette année, mettre toutes vos privations volontaires, fût-ce de pain, au service de la prière ?

L’aumône n’est-elle pas simplement le fait de donner ? Quelle belle chose que donner, au sens plein et fort de ce verbe ! Donner vraiment c’est toujours donner sans retour, donner à un pauvre, donner à un autre sans autre raison que l’autre lui-même considéré comme soi-même. Donner ainsi, c’est se mettre en relation avec l’Autre qui se fait présent en tout pauvre de la terre, ou plutôt c’est agir ainsi parce qu’on est déjà en relation avec lui. En ce sens, l’aumône suppose absolument la prière. Voulez-vous prier pour donner vraiment ?

Mais pourquoi donner sinon parce que l’amour donne et se donne ? Telle est l’ultime raison que la raison adore, prosternée et ravie, quand elle n’est pas égarée par l’orgueil et l’envie. Nous sommes tentés de jeûner, prier et donner pour nous faire estimer des hommes, ou pour nous faire aimer de Dieu, pour montrer que nous méritons d’être aimés de lui, alors que nous devons le faire tout simplement parce que nous sommes aimés de Lui, nous qui ne l’avons pas mérité. Voulez-vous mieux répondre à l’Amour de Dieu ? Voulez-vous bien que cela soit notre intention pour ce Carême ?