Dimanche 1er mars 2009 - Premier Dimanche de Carême B

Présentez-vous à l’embarquement

Genèse 9,8-15 - Psaume 24,4-9 - 1 Pierre 3,18-22 - Marc 1,12-15
dimanche 1er mars 2009.
 

Présentez-vous à l’embarquement. Pas pour Cythère, pour le désert : immensité vide autour de la tente, minuscule cellule où se tient celui à qui tout l’espace appartient, comme un voilier au milieu de la mer.

L’Arche de Noé n’était qu’un grain de sable sur l’étendue des eaux couvrant toute la terre. Elle mesurait 300 coudées de long, 50 de large et 30 de haut. Comme notre église, tenez, à peu près, prolongée jusqu’au manège.

Une bien petite caisse pour tout ce monde qu’il fallut y loger et nourrir au temps du déluge. J’ai dit “caisse” ? C’est le sens littéral du mot égyptien utilisé dans le texte hébreu, “téba”, traduit en grec par “kibôtos”, le coffre, “arca” en latin, d’où notre “arche”, qui n’a rien de courbe, mais plutôt la forme carrée d’un temple ou d’un cercueil.

Pourquoi “cercueil” ? L’idée s’impose en contexte d’extermination, ce qui est le cas aussi pour Moïse bébé déposé dans une caisse (“téba”, seul autre emploi du mot dans la Bible) afin d’échapper à la mort promise par Pharaon aux nouveau-nés d’Israël.

En somme, ceux qui sont entrés dans ce cercueil ont traversé la mort. « Ils furent sauvés à travers l’eau, c’est une image du baptême qui vous sauve maintenant », vient de nous dire saint Pierre. « Nous tous, baptisés en Jésus Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés », dit ailleurs saint Paul. Le Mystère de Pâques, c’est la mort et la résurrection du Seigneur ; le mystère du baptême, c’est que nous ayons part à sa mort pour entrer dans la Vie.

Concrètement, il faut que sa mort agisse en nous pour qu’en nous sa vie s’établisse : mort au péché, mort à soi-même, à l’attachement à soi-même. Tel est le désert de l’épreuve et de la tentation qu’il a traversé et dont il est sorti victorieux pour nous. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile, nous dit-il encore aujourd’hui.

Que le jeûne réalise en nous le détachement de soi ; qu’il nous rende libres pour la prière intense où s’établit la communion avec Dieu ; qu’elle suscite en nos vies le don d’amour en réponse à l’Amour venu dans nos déserts d’égoïsme et nos océans d’injustice.

Voilà la façon dont nous pouvons faire de ce carême une préparation à l’entrée dans le combat et le tombeau du Seigneur, une présentation à l’embarquement dans l’Arche d’Alliance qui conduit au salut tous ceux qu’elle a accueillis.

Le monde vous fait miroiter des embarquements pour Cythère, l’Île d’Aphrodite, paradis rêvé des amants, mais rêve décevant des plaisirs sans fin et sans issue.

L’Église, elle, nous convoque au désert, lieu de la rencontre avec Dieu, c’est-à-dire le Christ qui nous aime jusqu’à la mort afin de nous donner part à sa résurrection. Présentez-vous à l’embarquement, maintenant.