Dimanche 8 mars 2009 - Deuxième Dimanche de Carême B

Demande-moi tout, tout de suite !

Genèse 22,1-2.9a.10-13.15-18 - Psaume 115,10.15-19 - Romains 8,31b-34 - Marc 9,2-10
dimanche 8 mars 2009.
 

Demande-moi tout, tout de suite ! Dans son élan, l’amour veut se donner tout entier sur le champ. Faut-il y voir une tentation, une vocation, ou les deux ? Le consentement du mariage n’est-il pas un don intégral de soi à l’instant même, mais aussi une promesse qu’il faudra tenir jour après jour au long d’une vie changeante comme la mer et le temps ? Un prêtre au jour de son ordination ne se prosterne-t-il pas au pied de l’autel dans une offrande de soi totale et définitive, en vue d’une existence qui sera probablement un humble et patient service de l’Église et de ses pauvres ?

En sacrifiant son fils unique Isaac, Abraham donne tout d’un coup. À première lecture, on peut penser que Dieu avait seulement fait semblant de demander ce sacrifice, juste pour voir si Abraham accepterait. Mais ce procédé paraît peu digne de lui, c’est pourquoi certains s’évertuent à expliquer qu’il s’agit plutôt d’une méprise de la part du Patriarche, un malentendu que le Seigneur s’emploie à dissiper, quitte à ôter tout intérêt au texte. En fait, Dieu demande vraiment son fils tout entier à Abraham, et Abraham le lui donne. Toutefois ce don intégral et instantané se révèle non une suppression, mais une promesse et un programme, une vocation.

Dieu ne demande pas la mort, mais la vie. « Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens », dit le Psaume. Ce don intégral en réponse au don de Dieu peut aller jusqu’à la mort, mais il est don de vie tout le temps : tel est le sacrifice du Christ jusqu’à la croix. La Transfiguration manifeste d’avance que la croix du Fils est sa gloire parce qu’elle glorifie le Père. Pourquoi ? Parce que c’est ainsi que Jésus fait la volonté du Père. L’obéissance du Fils est à la fois la gloire du Père et celle du Fils parce que la volonté du Père est vraiment bonne, parce qu’il est vraiment l’Amour qui se donne tout entier sans retour. La gloire de la résurrection manifestée dans la Transfiguration n’est autre que la gloire de la croix.

Le critère de l’amour, de sa vérité et de sa force, n’est pas en celui qui aime, sinon ce ne serait qu’amour de soi et égoïsme, il est dans l’autre : l’amour vrai se donne selon ce que demande l’aimé. Ce qui compte n’est donc pas le fait que j’agisse de façon stupéfiante et démonstrative en déclarant « Je vais ainsi te montrer que je t’aime », livrer mon corps aux flammes par exemple, mais que j’accomplisse précisément ce qui m’est demandé par le Père, que ce soit de livrer mon corps aux flammes ou de tenir bien ma maison au long d’une vie aussi discrète que fidèle.

Que notre prière, à la suite de celle du Christ, ne soit donc pas pour demander à Dieu de vérifier nos propres idées de ce qu’il attend de nous, mais pour entendre ce qu’il veut vraiment nous demander. Non pas « Veux-tu que je sois prêtre, que je sois religieuse, que j’épouse Untel ou Unetelle ? » mais « Que me demandes-tu, Seigneur ? » Non pas « Demande-moi tout, tout de suite ! » mais « Seigneur, demande-moi ce que tu veux maintenant. »