Dimanche 22 mars 2009 - Quatrième Dimanche de Carême B - Samedi 21 à18h30, baptême d’une petite fille : Godelaine - À 11h30 2e scrutin des catéchumènes adultes (évangile de l’aveugle-né)

« J’aime beaucoup ce que vous faites »

2 Chroniques 36,14-16.19-23 - Psaume 136,1-6 - Éphésiens 2,4-10- Jean 3,14-21 (Jean 9,1-41)
dimanche 22 mars 2009.
 

« J’aime beaucoup ce que vous faites. » Que ce compliment est doux à recevoir ! En exprimant son amour pour les œuvres, celui qui le prononce dit son estime pour l’auteur. Sûrement, si je peins, ou écris, ou compose, ou agis si bien, c’est que je suis une personne excellente : j’ai du style, du talent, du génie même !

Le mot “génie” est devenu emphatique dans notre langue : on ne saurait sans ridicule le revendiquer ou le prodiguer à la légère. Or, il vient du latin “genius” qui désigne d’abord le dieu particulier dont le rôle est de présider à la naissance d’un homme (de “geno”, engendrer), puis le même considéré comme partageant sa destinée et disparaissant avec lui. Nous pouvons y voir une perception obscure de l’ange gardien qui accompagne chacun de nous, en tout cas l’intuition universelle que la venue au monde de tout homme est un événement divin.

Mais, croyez-vous que Dieu aime beaucoup ce que les hommes font ? N’est-il pas écrit : « Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme se multipliait sur la terre : à longueur de journée son cœur n’était porté qu’à concevoir le mal » (Gn 6,5-6) ? Certes, Dieu aime chaque homme, à chacun il peut dire : « J’aime beaucoup celui que tu es. » Mais c’est malgré ses péchés, malgré ses actions qui sont toutes plus ou moins corrompues par le diable. Vous protesterez peut-être : il y a beaucoup de gens, chrétiens ou non, qui se conduisent avec humanité et générosité... Sans doute, mais le Malin ne sait-il pas rattraper nos meilleures intentions ?

Ceux qui pratiquent vertu et bienfaisance sont tentés de s’estimer eux-mêmes et de juger les autres de haut. Se tenir soi-même pour juste et mépriser les autres hommes, c’est le péché des pharisiens contre lequel l’Évangile nous met en garde, chers amis, vous le savez bien. Or, il ne s’agit pas d’une espèce curieuse surgie à l’époque du Seigneur et disparue depuis, mais d’une catégorie qui manifeste par excellence le piège dans lequel le démon prend l’homme qui s’exerce à faire le bien. Pour celui qui y tombe, ses bonnes actions mêmes deviennent de mauvais coups. En fait, ni les conditions favorables d’éducation, ni les efforts personnels ne nous permettent d’échapper à “l’emprise du péché” sur la création depuis la faute originelle.

C’est pourquoi un “retournement” est nécessaire, comme dit littéralement Jésus à la fin de l’évangile de l’aveugle-né. Chacun de nous doit reconnaître qu’il est réellement compris dans la formule de saint Paul : « Nous qui étions des morts par suite de nos péchés... » Et puis considérer que si le Christ, lui qui était sans péché, s’est dépouillé de lui-même jusque à la mort de la croix, c’est pour que nous puissions à notre tour renoncer à nous-mêmes afin de l’accueillir, jusqu’à ce qu’il vive en nous plus que nous-mêmes. Tel est le mouvement du baptême, frères, et donc celui que doivent amorcer ceux qui s’y préparent pour bientôt.

Comprenez bien, chers amis, comment le baptême nous fait échapper vraiment à la fatalité du péché. Pour celui qui se laisse sanctifier dans la grâce de ce “bain qui fait renaître”, selon l’expression de la préface de l’aveugle-né, la croissance dans les bonnes œuvres ne peut plus constituer une tentation de vanité hautaine, puisque ces œuvres sont en lui non les siennes, mais celles du Christ. Et, si elles deviennent pourtant aussi les siennes, ce n’est que par pure grâce, « il n’y a pas à en tirer orgueil », dit l’Apôtre. Venons donc à la lumière, « afin que nos œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu. »

Le “génie” de notre renaissance n’est pas un petit dieu particulier pour chacun, mais notre grand Dieu et sauveur Jésus Christ qui accompagne chacun de nous jusqu’au terme de sa vie terrestre et au-delà pour l’éternité. Il devient plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes en nous unissant à lui et en lui. C’est ainsi seulement que nos actions deviennent vraiment bonnes. En nous regardant, le Père peut dire de nous non seulement ce qu’il dit de tout homme, à savoir qu’il l’aime, mais encore ce qu’il dit de Jésus : « Voici mon bien-aimé, en lui j’ai mis toute ma complaisance. Autrement dit j’aime beaucoup tout ce qu’il fait. »

Oui, soyons et devenons l’Église que Dieu a aimée en son Fils Jésus Christ, afin qu’il puisse aimer tout ce que nous faisons.