Jeudi Saint 9 avril 2009 - La Cène du Seigneur

Comment savoir quelle est la volonté de Dieu pour moi ?

Exode 12,1-8.11-14 - Psaume 115,12-13.15-18 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
jeudi 9 avril 2009.
 

Comment savoir quelle est la volonté de Dieu pour moi ? Cette question peut devenir lancinante, par exemple pour ces jeunes gens qui se demandent s’ils vont se marier, ou bien s’ils ont une vocation religieuse, et qui voient les années passer sans que rien ne se dessine pour eux. En fait, quels que soient son âge et son état, tout chrétien devrait porter cette question en permanence, comme le Seigneur Jésus qui n’a pas eu d’autre question existentielle dans sa vie. Elle ne se pose pas toujours sur un mode aigu, heureusement, mais cela peut arriver. Le Christ lui-même en fit l’expérience à la veille de sa passion. Et puisqu’il est un exemple pour nous, nous devons le contempler et l’écouter pour trouver le chemin qu’il nous faut suivre.

Vous l’avez entendu dire à ses disciples : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? », puis, après une brève explication : « C’est un exemple que je vous ai donné ». Le mot grec employé ici pour “exemple”, hupodeigma, est remarquable. Il n’apparaît qu’en cet endroit dans le Nouveau Testament, et ses deux emplois dans l’Ancien Testament en grec désignent précisément : le premier, la mort exemplaire d’Éléazar, dans le deuxième livre des Martyrs d’Israël ; Éléazar se livre au supplice plutôt que de trahir la Loi ; le second, le « transfert » exemplaire d’Hénoch, selon le livre du Siracide, qui précise que ce fut « un exemple pour la conversion des générations ». Autrement dit il y a dans ce seul mot hupodeigma, “exemple”, l’annonce de la passion et de la résurrection du Christ, et celle de la mission apostolique qui doit conduire à la conversion de toutes les nations ; en outre, nous pouvons y voir l’indication en filigrane que le mystère pascal du Seigneur était annoncé par les Écritures. Enfin, nous allons y puiser les lumières nécessaires pour répondre à notre question de départ.

Nous ne sommes pas meilleurs que Pierre, mes amis : comme lui, nous voudrions souvent démontrer que nous avons déjà tout compris alors que nous en sommes loin. Et comme lui, quand nous ne comprenons pas, nous sommes tentés de protester : « Je ne suis pas d’accord ! » Par exemple, ce soir, malgré l’insistance du Seigneur, il s’obstine : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »

Voilà le premier point de la réponse à notre question de départ : nous devons réinterroger tous nos « Ça, jamais ! » Pourquoi, en effet, exclure telle ou telle éventualité ? Et si c’était quand même la volonté de Dieu ? Certes, il doit y avoir des « Ça, jamais ! » dans notre vie, comme pour Éléazar : tout sauf agir contre la volonté expresse de Dieu ! Remarquez que Pierre dira cela aussi, un peu plus loin dans l’évangile, ce qui ne l’empêchera pas de renier le Seigneur. Au moins, reconnaissons que seul doit nous paraître à exclure ce que le Seigneur interdit.

Si nous préparons notre cœur dans la prière en le fortifiant contre les tentations de nous accommoder du mal ou de nous refuser à tel ou tel dépouillement, ne trouverons-nous pas un chemin de vie qui plaise à Dieu, comme Hénoch lui a plu ? D’abord, croyons bien qu’il n’a pas qu’un seul projet possible pour nous : son bras n’est pas si court ! L’essentiel est que nous voulions bien en accepter un. Ensuite, nous pouvons comprendre ce soir ce qui plaît à Dieu en tous nos chemins : c’est que nous mettions au service les uns des autres, au service de notre communion dans l’action de grâce, comme le Christ Jésus nous en a donné l’exemple.

Aux prêtres qu’il institue à la veille de sa passion, il confère le sacerdoce ministériel : nous sommes bien au service de la communion eucharistique de tout le peuple pour lui donner la Parole et le Pain, pour célébrer la messe et les autres sacrements avec lui, et le gouverner selon la volonté du Père. Tout cela s’appelle charité. Et le peuple tout entier, l’Église, reçoit le sacerdoce royal qui est célébration de l’Eucharistie de Jésus et mise en œuvre de sa charité sur tous les chemins des hommes dans le monde.

Ainsi, pour reprendre notre question initiale, quiconque veut connaître la volonté de Dieu pour lui-même doit d’abord renoncer à l’égoïsme qui menace de biaiser sa question, car nous cherchons tous nos propres satisfactions alors que le Christ a renoncé à la joie qui lui était promise par obéissance à son Père. Que chacun se forme donc à l’obéissance du Christ en participant de tout son cœur à la vie de l’Église telle qu’elle lui est proposée dans les conditions concrètes de son existence. Ainsi il sera déjà “transféré” dans une autre dimension de vie, avec tous ses frères dans la foi, celle de la communion des saints.

Alors nous pourrons rendre grâce ensemble de connaître et de faire connaître la bienheureuse volonté de Dieu pour nous : que nous nous aimions les uns les autres dans son Amour éternel.