Vendredi Saint 10 avril 2009 - Célébration de la Passion du Seigneur

Le soleil et la lune ont le même diamètre apparent

Isaïe 52,13 à 53,12 - Psaume 30,2.6.12-17.25 - Hébreux 4,14-16 et 5,7-9 - Jean 18,1 à 19,42
vendredi 10 avril 2009.
 

Le soleil et la lune ont le même diamètre apparent. C’est-à-dire que, vu de la terre, l’une se superpose exactement à l’autre. C’est une coïncidence : il se trouve que le soleil a un diamètre 400 fois plus grand que la lune, mais qu’il est 400 fois plus loin, si bien qu’ils paraissent pareils à nos yeux.

De même, une catastrophe atteignant des centaines d’étrangers ne nous impressionne pas plus que la souffrance d’un seul de nos proches.

L’éloignement au demeurant n’est pas toujours kilométrique. Pour les soldats, Jésus, ce juif condamné au supplice, n’est guère un homme comme eux. Plus qu’un semblable, il leur paraît “une chose qu’on jette”, selon l’expression du Psaume 30 (31).

Pendus par les bras, les crucifiés mouraient lentement d’asphyxie ; prenant appui sur leurs pieds calés ou cloués, se repoussant sur les jambes, ils parvenaient à aspirer un peu d’air, ce qui retardait d’autant leur fin. Au prix de douleurs atroces ils prolongeaient leur souffrance affreuse.

S’il fallait abréger leur supplice pour se débarrasser d’eux, on leur brisait donc les jambes. Jésus étant déjà mort, cela ne valait pas la peine de se fatiguer à lui casser les os. Mais par acquis de conscience, et par prudence, car les soldats devaient répondre sur leur tête de l’accomplissement de la sentence de mort, un soldat donne le coup de lance qui ne laisse subsister aucun doute sur l’état du supplicié. C’est un geste technique et économique, en somme.

Si donc Jésus a pu paraître lointain et indifférent à ses contemporains, combien plus aux hommes d’aujourd’hui. Or, l’indifférence ne guette pas seulement les autres, elle peut nous atteindre aussi : le gentil petit Jésus éternel enfant sage ou le Christ abstrait comme un nom de Dieu en plus peuvent nous cacher le réalisme du sacrifice qui sauve le monde et nous aussi. Il s’agit donc particulièrement aujourd’hui de nous rapprocher de Jésus souffrant en contemplant sa passion, puisqu’en lui est le salut. Mais, au-delà de la célébration du Vendredi saint, comment nous rapprocher de lui chaque jour ?

Bien sûr, la première voie est de nous rendre proches de la souffrance des autres. Mais l’acceptation de celle qui nous échoit est une seconde voie qui ressemble à la première. Au lieu de nous raidir dans la plainte, la révolte ou le déni, nous pouvons choisir de recevoir l’épreuve en communion avec celle du Christ. En passant ainsi du subir au supporter nous nous rapprochons du Christ qui se donne librement pour nous.

Devant les contrariétés, les tracas et les agacements de la vie quotidienne, interrogeons-nous : « Faut-il vraiment que je proteste, que je refuse ou que je contre-attaque encore ce coup-ci ? Et si, pour une fois, je choisissais de supporter ? » Même de petites choses peuvent être ainsi « offertes à Jésus », des sacrifices minimes à côté de son supplice atroce. Car si notre cœur y est tout entier, le Seigneur les rapproche de lui, tout contre lui, au point qu’ils paraissent aussi grands que le sien, auxquels ils se superposent exactement. Ce n’est point là une coïncidence, mais l’œuvre de l’amour invincible du Seigneur de l’univers.