Nuit de Pâques 11/12 avril 2009 - La Résurrection du Seigneur - Baptême, confirmation et première communion de trois adultes

Couleur du jour ou de la nuit, de la mer ou des pierres, du ciel ou de la terre, ou blanc plus que la neige : qui suis-Je ?

Genèse 1,1-2,2 - Psaume 103,1-2.5-6.10.12-14.24.35 - Genèse 22,1-18 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Exode 14,15-15,1 - Cantique Exode 15,2-6.10.11.17 - Isaïe 54,5-14 - Psaume 29,3-6.12-13 - Isaïe 55,1-11 - Cantique Isaïe 12,2-6 - Baruch 3,9-15.32-4,4 - Psaume 50,12-15.18-19 - Ézéchiel 36,16-28 - Psaume 18,8-11 - Romains 6,3b-11 - Psaume 117,1-4.16-17.22-23 - Marc 16,1-8
dimanche 12 avril 2009.
 

Couleur du jour ou de la nuit, de la mer ou des pierres, du ciel ou de la terre, ou blanc plus que la neige, à faire pâlir Peau d’Âne et ses robes féeriques : qui suis-Je ?

Le mot de cette énigme, frères, se trouve dans les sept premières lectures que nous venons d’entendre. Dieu s’y révèle en se voilant, un peu comme le vêtement dont il se couvrirait donnerait à voir la forme d’un homme qui serait invisible. Ainsi, chacun des sept textes majeurs de l’Ancien Testament que nous propose la liturgie de la Parole de cette nuit très sainte évoque un lieu de révélation de Dieu et sa couleur propre.

Couleur du jour, la création tout entière est l’habit de lumière dont Dieu, à la naissance du monde, se pare à nos yeux pour notre joie.

Mais la création fut déchirée par le mal qui voulait l’anéantir. Sombre comme la nuit, le sacrifice d’Abraham fait pressentir le prix que Dieu paiera pour la sauver.

La traversée de la mer ouvre l’histoire d’un peuple choisi pour vivre de la vie de Dieu.

Les mille pierres précieuses dont un fiancé pare sa bien-aimée disent le prix infini qu’il attache à sa beauté, ainsi le cœur de Dieu montre son amour pour Jérusalem.

Comme l’azur du ciel tombant en gouttes de grâce sur le sol assoiffé, les mots de Dieu pour son peuple ne cessent de le ranimer et de le ramener à la vie.

La Terre, la bonne terre ruisselant de lait et de miel sous les étoiles nombreuses comme les enfants d’Abraham, est la promesse que Dieu ne cesse de faire à son peuple et d’accomplir pour lui.

Blanche métaphore de nos rêves de pureté, la neige n’est pas si pure que la sainteté dont Dieu veut revêtir ses enfants comme de lui-même.

Dieu n’est-il pas caché jusqu’au bout de la nuit du monde, frères ? Jésus, Dieu caché et révélé par le voile de son humanité, ressuscite de nuit. Au matin, les femmes n’ont vu qu’un tombeau vide, à part un jeune homme en blanc à faire peur. Et l’éclair de son annonce s’est éteint dans leur silence.

Vraiment, mes amis, à l’aune de nos critères, voilà une opération de communication désastreuse. S’il s’agissait de faire connaître au monde que Jésus est ressuscité, il fallait qu’il se montre lui-même, d’abord à un groupe de meneurs d’opinion soigneusement triés, puis à une grande masse de peuple opportunément rassemblée. C’est élémentaire. Mais cette non-apparition à quelques femmes apeurées, cela ne pouvait pas plus mal commencer !

En réalité, mes amis, la résurrection de Jésus se produit de manière que Dieu reste caché jusqu’au bout de la nuit du monde, en se révélant par la manière dont il se voile. Tout se déroule selon la cohérence du dessein de Dieu depuis l’origine.

Dans la résurrection du Christ, un nouveau monde est déjà né. Mais, le voyez-vous de vos yeux de chair ? Le soleil a-t-il changé, et la lune ? Les arbres poussent-ils autrement, les fleuves coulent-ils différemment ?

En réalité, ce n’est pas un autre monde que Dieu crée dans la résurrection de son Fils, pas plus que vous ne serez un autre homme, chers amis, tout à l’heure quand vous aurez reçu les sacrements de l’initiation chrétienne. Car la nouvelle création ne supprime pas l’ancienne, elle la sauve et la surélève.

Les sept sacrements n’en sont pas moins une réelle rencontre du Christ ressuscité, Dieu caché qui se révèle sous leur voile dont la couleur particulière correspond à chacune des sept couleurs de la révélation de Dieu dans les premières lectures de cette veillée.

À la création, vêtement de lumière, correspond le baptême, nouvelle création dans le Christ.

Le sacrifice, vêtement de ténèbres, est la face obscure du baptême, plongée dans la mort du Seigneur, et le chiffre de l’extrême-onction, ou onction des malades, sacrement de l’approche de la mort dans le Christ.

Le passage de la mer, vêtement aux couleurs de la mer, dit la traversée de la mort dans la Pâque du Seigneur et annonce la confirmation, sacrement de la croissance et de l’histoire du salut dont l’Esprit Saint est l’acteur caché.

Le vêtement de noces aux mille couleurs de tous les joyaux du monde, placé au centre de la série, révèle l’amour du Seigneur, au cœur de toute son œuvre, et préfigure l’Eucharistie, sacrement des sacrements.

À l’azur céleste du cinquième vêtement, signe de la Parole de Dieu tombant en pluie de grâce sur son peuple, correspond le sacerdoce, sacrement des serviteurs du don que Dieu fait aux hommes de son Fils, le Verbe éternel.

Au vêtement aux couleurs de la terre fertile et féconde, gage de la promesse d’une descendance innombrable à Abraham, le père des croyants, correspond le sacrement du mariage qui multiplie les enfants de Dieu.

Enfin, le blanc plus que neige du vêtement de la sainteté donnée et rendue à son peuple par le Seigneur miséricordieux annonce l’effet du baptême et le sacrement de la Pénitence et de la réconciliation qui en renouvelle la grâce pour les fidèles qui y recourent.

Ainsi naît et croît l’Église, le vêtement aux couleurs de toutes les nations qui sont sous le ciel par lequel Dieu aujourd’hui se révèle en se voilant aux hommes de ce temps. Ainsi Dieu caché jusqu’au bout de la nuit du monde s’y dévoile en nous donnant sa Vie, jusqu’au jour où nous le verrons face à face, Lumière au-delà de toute lumière.