Dimanche 10 mai 2009 - Cinquième dimanche de Pâques

Nous allons vers des affrontements très durs

Actes 9,26-31 - Psaume 21,26-29.31-32 - 1 Jean 3,18-24 - Jean 15,1-8
dimanche 10 mai 2009.
 

Nous allons vers des affrontements très durs. Il y aura des dégâts. Peut-être un éclatement. Pourrons-nous le supporter ? Que faut-il faire ? Préparer la bataille ? Ou plutôt les secours ? Mais au fait, qui répand ces prévisions alarmistes ? Et avec quelle intention ? S’agit-il d’un avertissement charitable ou d’une menace hostile ? D’un encouragement ou d’une tentative d’intimidation ? D’un appel au calme ou à l’émeute ?

Bon, à quoi pensez-vous ? Au climat politique et social, français ou mondial ? À l’Église et aux vents mauvais qui soufflent en elle ou sur elle par les temps qui courent ?

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, la parole de Jésus prend d’emblée des accents inquiétants. « Tout sarment qui est en moi mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève » : à qui cet avertissement s’adresse-t-il ? « Tout sarment qui porte du fruit, il le nettoie pour qu’il en porte davantage. » Nettoyer signifie ici non seulement couper les parties mortes, mais aussi tailler dans le vif : raccourcir et resserrer pour concentrer l’énergie de la sève là où elle trouvera son meilleur rendement.

Cette logique productiviste ne nous plaît guère : elle évoque à notre esprit le capitalisme sauvage et ses méfaits plutôt que les verts pâturages où le berger fait reposer ses brebis. Nous étions plus tranquilles dimanche dernier avec le Bon Pasteur que confrontés au dit de la vigne aujourd’hui.

Rappelons-nous d’abord que le Christ ne nous a jamais promis une vie ecclésiale sans peines et sans combats, au contraire. Lui-même a affronté courageusement l’incompréhension et l’hostilité jusqu’à la croix, et il nous a prévenus que le disciple ne serait pas mieux traité que le maître.

Voyez saint Paul. Les Actes des Apôtres évoquent sa conversion, vous l’avez entendu, les persécutions endurées de la part des ennemis de la foi, mais aussi le caractère tumultueux de ses relations avec les autres disciples. Saint Luc se montre discret sur ce dernier point, mais il ne l’efface pas. Nous voyons aujourd’hui l’ancien persécuteur peu capable de faire croire à sa conversion, prompt en revanche à provoquer le soulèvement contre lui de ses anciens compagnons de lutte, et finalement évacué par la communauté de Jérusalem qui préfère renvoyer chez lui ce sujet compliqué que de le garder avec les problèmes qu’il pose. Ce n’est là que le début de ses démêlés ecclésiaux, dont le Nouveau Testament témoigne aussi par ailleurs, dans lesquels il n’avait peut-être pas toujours totalement raison contre les autres.

Écoutons donc la comparaison de la vigne et ses leçons. La vie de l’Église comporte des affrontements, parfois très durs. Il ne s’agit pas de les nier ou de les étouffer, mais de les traverser de manière à en sortir meilleurs et plus forts. Pour cela, comprenons d’abord ce que signifie : « Tout sarment qui est en moi mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève. » Plus loin, Jésus dit : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit. » C’est donc que l’on peut être un sarment “en lui”, mais en qui lui ne demeure pas. Prenons-y garde. En outre, c’est le Père qui l’enlève, c’est lui le vigneron. Conclusion, si nous sommes dans l’Église, veillons à accueillir vraiment le Christ en nous ; quant à juger si les autres le font, et surtout à les enlever de la vigne, cela ne nous appartient pas, sauf ceux à qui ce pouvoir est conféré. Voilà pour la première leçon. Voyons la seconde.

« Tout sarment qui porte du fruit, il le nettoie pour qu’il en porte davantage. » Accueillir le Christ signifie se laisser conformer à celui qui s’est donné en sacrifice pour nos péchés. Chacun de nous doit s’offrir au vigneron pour le laisser non seulement retrancher les parties mortes, mais aussi tailler dans le vif. Celui qui ne renonce pas à certaines de ses potentialités vitales refuse de porter du fruit davantage. C’est vrai dans la vie humaine en général, combien plus dans l’Église. Voyez les jeunes gens qui acceptent une vocation sacerdotale ou religieuse : leur renoncement est fécond et les comble de joie.

Que chacun de nous s’offre généreusement comme le Fils s’est offert, ainsi, tous unis par notre attachement à lui, nous porterons en lui un fruit magnifique d’amour mutuel à la gloire du Père, son Père et notre Père.